Viendez-voir en quelques mots


Mercredi 26 mars 2008 3 26 /03 /Mars /2008 14:25

Photo : Photononstop


Photo : AFP/Christophe Sand


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Par Duc de Rodenbach
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Jeudi 25 octobre 2007 4 25 /10 /Oct /2007 16:27

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Par Duc de Rodenbach
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Jeudi 15 mars 2007 4 15 /03 /Mars /2007 09:54
De retour d'Israël, je vous avais raconté comment les Israéliens, dans leur majorité, s'échinaient à ne pas parler des événements de cet été. Un mois après la fin des bombardements du Hezbollah, en septembre, les rues de Nazareth, par exemple, vivent normalement, comme si de rien n'était. Voici une dépêche tombée début mars qui abonde dans ce sens. Manière de conclure (enfin !) le volet Israël et de passer à autre chose (il serait temps) :

JERUSALEM (Reuters) - Le conflit qui a opposé durant l'été Israël à la guérilla du Hezbollah libanais a provoqué un baby-boom dans l'Etat hébreu, rapporte une chaîne de télévision locale.

Selon les statistiques de la plus importante organisation de santé israélienne, le nombre de femmes qui sont actuellement dans leur cinquième, sixième ou septième mois de grossesse est supérieur de 35% à celui de l'année dernière à la même époque.

 

Gila Bronner, directrice du service de santé sexuelle du centre médical Haim Sheba, a expliqué sur la chaîne Channel 10 que l'augmentation de l'activité sexuelle après un conflit armé figurait une affirmation de la vie.

"Nous avons voulu dire au monde, 'vous avez essayé de nous tuer, mais vous ne l'avez pas fait - regardez, nous sommes vivants'", a-t-elle déclaré.

Israël et le Hezbollah se sont affrontés pendant 34 jours, avant qu'un cessez-le-feu soutenu par les Nations unies n'entre en effet au mois d'août. Après la guerre des Six jours de 1967, Israël avait connu un baby-boom de quatre années. Une recrudescence des naissances avait également été constatée dans les deux années ayant suivi les conflits de 1973 contre l'Egypte et la Syrie.

 

Par Matthieu Deprieck - Publié dans : Viendez-voir ... Israël
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Jeudi 15 mars 2007 4 15 /03 /Mars /2007 09:23

Plutôt bien partis pour passer les phases de poule de la coupe de l’UEFA grâce à leur victoire sur Auxerre (en octobre 2006), les joueurs du Maccabi Haïfa ont dû surmonter les affrontements avec le Hezbollah qui ont frappé de plein fouet leur ville cet été. Reportage sur place.

 

En Israël, il y a la bière Maccabi, l’équipe de basket Maccabi, les cinq clubs de foot Maccabi. Maccabi, c’est surtout à l’origine, dans l’Ancien Testament, l’épisode des Maccabées, soit des juifs d’Israël qui, lassés d’un pouvoir hellénique autoritaire, renverse le roi Antioche IV Epiphane en 165 avant Jésus Christ. Plus de deux mille ans après, l’image d’un peuple juif puissant, capable de surmonter n’importe quel obstacle pour vivre selon ses coutumes et sa religion, capable de relever la tête et de poursuivre la marche en avant, est toujours d’actualité.

Pas étonnant alors que les cadres du Maccabi Haïfa, soit parce qu’ils ont participé aux cinq titres de champions d’Israël gagnés en six ans, soit parce qu’ils vivent depuis leur enfance dans les parages, affirment ne pas avoir tremblé lors des bombardements de l’été dernier.

Le défenseur Deykel Keinan est né à Rosh Hanikra, dans un kibboutz accroché à la frontière avec le Liban. Le Hezbollah, il connaît : « Tout ça, ça fait partie de ma vie. Dans le passé, on a déjà vécu une quinzaine d’accrochages [comme ceux de cet été]. » A voir Deykel, tout sourire, plaisantait avec un journaliste après l‘entraînement, dire que Haïfa est une belle ville, que les femmes y sont magnifiques, tout ça sur arrière-fond de ciel azur et de mer Méditerranée, on peut se dire que le Hezbollah ne leur a décidément pas fait peur.

 

Même pas peur

 

Alon Harazi est l’autre dur à cuire qui accepte d’évoquer spontanément la guerre de cet été dans un magnifique euphémisme : « la population était terrée dans les abris, des gens sont morts … les conditions optimales d’entraînement n’étaient alors plus réunies. » Comme Deykel, Alon est du coin. Il est surtout l’un des capitaines de l’équipe. En ce sens, il a sûrement dû réconforter ses camarades moins costauds que lui, plus chamboulés par les roquettes qui tombaient quotidiennement sur la ville. Eh bien non ! Alon est fier de dire que le rôle de capitaine à Haïfa n’est que symbolique, qu’il y a d’ailleurs plusieurs leaders et que ses coéquipiers n’avaient pas besoin de lui pour être forts.

Parlant de ses proches, Deykel, peut-être sans le vouloir, rectifie et évoque le climat qui régnait dans l‘équipe l‘été dernier. « Il a fallu rassurer les camarades très effrayés. Ils n’arrêtaient pas de prendre des nouvelles [de mes proches]. Je leur ai dit de partir, de quitter Haïfa, d’être prudents, de se rendre dans les abris, d’écouter les infos à la radio.» Des joueurs de Haïfa auraient eu peur ? Ils auraient reçu le soutien de piliers du club ?

 

Sans aide « on aurait pété les plombs »

 

Alain Masudi confirme. Congolais de naissance, arrivé à l’âge de trois ans en France, il débarque en Israël en 2004. Et puis en juin dernier, il rejoint le Maccabi Haïfa. La guerre, il n’y était bien sûr pas préparé, il n’a pas traversé cette période, seul, sereinement, comme l’ont peut-être fait d’autres. Lui a compté sur l’appui des anciens : « c’est sûr qu’ils nous ont aidé, s’ils ne l’avaient pas fait, on aurait certainement pété les plombs ». Alain ne parle pas que pour lui mais pour l’ensemble des joueurs étrangers ou nouvellement arrivés en Israël : essentiellement des sud-Américains. « C’était très dur de jouer alors qu’à la télé, on voyait des roquettes tomber sur notre ville », poursuit-il. Le discours maîtrisé de deux joueurs ne reflète pas l’état d’esprit de l’équipe. Certains ont peut-être serré les dents, les autres, peu habitués aux attentats et aux bombardements, ont reçu les conseils des premiers. Une sorte de cellule psychologique interne formée par les anciens à destination des nouveaux.

 

Le foot israélien à l’âge de pierre

 

Les propos d’Alon et Deykel sont 100% Maccabi : la guerre est finie pour toute l’équipe, les joueurs sont restés motivés et prêts à remporter un nouveau championnat. Deykel a trouvé la phrase qui pourrait servir de devise au club : « la guerre n’est pas une excuse pour ne pas jouer, on doit faire notre boulot. » A entendre les deux joueurs, le Maccabi Haïfa est un club professionnel qui gère la guerre comme un club écossais gère les mauvaises conditions climatiques. 

Ce professionnalisme, le club n’a pas attendu les bombardements pour l’exposer. Avant les roquettes, il y a la médiocrité du championnat qu‘il faut dépasser pour prouver que le Maccabi Haïfa est une grande équipe. La veille de l’entraînement, le 10 septembre, le club a inauguré un tout nouveau centre à la sortie nord de Haïfa. En fait, deux terrains, en bordure de mer, au milieu d’une zone désertique proche de l’autoroute, accompagnés de deux préfabriqués, qui accueillent une salle de massage, le bureau de l’entraîneur et un bar. Le contraste avec la ferme à bestiaux que l’on croise sur le chemin caillouteux menant à l’entrée frappe l’œil. Le stade, lui, se situe dans le centre-ville. Qyriat Eliezer, c’est la « Mecque du football israélien », comme l’indique le site Internet du club, avec ses 14 000 places. Le bâtiment qui parait daté de Mathusalem n’était rempli qu’à moitié pour le deuxième match de championnat face à Ashdod début septembre. Le Maccabi l’avait emporté 1-0.

 

Une équipe éparpillée entre Tel Aviv et Haïfa

 

Des supporters rencontrés une semaine après cette première victoire de la saison et une heure avant le match à l’extérieur contre Petah Tikvah, dans la banlieue de Tel Aviv, ne sont pas dupes. Il confirme que Haïfa est le plus grand club du pays. Mais quand la discussion dérive sur le niveau européen, Uri et Nioran, présidents du club des Green Apes ultras, reconnaissent dans un sourire gêné que Haïfa ne pèse pas bien lourd.  L’UEFA classe le club au 102ème rang. Depuis plusieurs années, l’équipe court après une qualification en Ligue des champions. Cette année, ils ne sont pas passés loin. Ils leur manquaient un but face au grand Liverpool. Ils espèrent se rattraper en coupe de l’UEFA au milieu de clubs reconnus comme les Glasgow Rangers ou Auxerre.

Alain, Deykel et Alon s’accordent à dire que les événements de cet été ont sacrément empêché le bon déroulement des entraînements. Ronny Levy, leur entraîneur explique que dans les premiers jours du conflit, l’équipe s’est retrouvée écartelée entre Tel Aviv, pour ceux qui avaient choisi de fuir, et Haïfa. Puis ce fut le temps des exils : un camp d’entraînement aux Pays-Bas pendant une semaine, sept nouveaux jours en Autriche, une dizaine d’autres dans la capitale israélienne. Et à chaque fois, les proches des familles qui restent en dehors de ces déplacements. « Il n’y a bien sûr rien de mieux que de jouer à la maison, de ne pas devoir quitter ses enfants, sa femme, de les laisser en Israël », ajoute l’entraîneur.

 

Des joueurs et une équipe éreintés par la guerre

 

Plus que psychologiques, les conséquences de la guerre pour le club sont sportives et financières. Le coup dur de l’élimination face à Liverpool mêlé aux deux déplacements (un en Angleterre et un à Kiev pour le match à domicile) juste avant la reprise du championnat a pesé lourd dans la défaite lors du premier match face à Netanya 3-1. Le Maccabi Haïfa a passé ces trois derniers mois en déplacement. «C’est un truc de fou. On a pris l’avion quatorze fois en trois mois. Aucune équipe européenne n’a fait ça», peste Alain Masudi. Gagner contre le Maccabi Petah Tikvah 1 – 0 lors de la troisième journée du championnat relève, dans ce contexte, d’un exploit pour le joueur. Le match avait lieu un dimanche, l’équipe était rentrée des Pays-Bas deux jours auparavant. Ils étaient partis y disputer leur premier tour de la coupe UEFA à « domicile » contre les Bulgares du Litex Lovech.

Haïfa a laissé des plumes dans la guerre. Le Maccabi a lui laissé des points et surtout de l’argent. « Un million de dollars » croit savoir l’entraîneur, le prix des déplacements imposés par l’UEFA qui juge que les terrains israéliens ne sont pas sûrs ; ils le sont pour le championnat mais pas pour les coupes européennes. Le prix également des billets non vendus à Qyriat Eliezer voire dans le plus grand stade du pays. « Si le match contre Liverpool avait eu lieu en Israël, on aurait rempli le stade national Ramat Gan [40 000 places] », assure Roy Daniel, l’attaché de presse. Le manque à gagner en terme de billetterie est abyssal.

Dans un budget de 50 millions de shekels (environ 10 millions d’euros, deux fois moins que celui d‘Auxerre, par exemple), les pertes sont douloureuses. Heureusement à la tête du Maccabi, Jacob Shahar, président de la première compagnie automobile d’Israël qui commercialise notamment les véhicules Honda (le sponsor du Maccabi Haifa est bien évidemment le constructeur japonais), a fait du club sa danseuse dans les années 90. Haïfa peut donc compter sur l’argent de l’industriel.

Pas suffisant tout de même pour que le club puisse atteindre la prestigieuse Ligue des champions. Il faudrait pour cela, plus qu’une hausse de budget, un championnat compétitif, une ouverture sur les autres championnats européens. Haïfa a encore, malgré son statut de plus gros club dans son pays, de nombreux problèmes à surmonter. Assez pour que la géopolitique ne vienne pas s’en mêler.


 

Paru dans So foot

Photos de Violaine Molinaro

 

 

 

 

 

Par Matthieu Deprieck - Publié dans : Viendez-voir ... Israël
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Dimanche 28 janvier 2007 7 28 /01 /Jan /2007 21:07

Nazareth a beau être une ville sainte du christianisme, juifs et arabes israéliens ont du mal à s’aimer les uns les autres. Même si juifs et arabes ont tous payé un lourd tribut à la guerre, les disparités entre les deux communautés se creusent.

 

A mesure que l’on approche de Nazareth, le long de la route qui serpente dans les hauteurs de la Galilée, les publicités en arabe, pour les couches de la marque Pampers ou pour des accessoires de tuning  se multiplient. Les panneaux de signalisation n’indiquent plus le nom des villes en hébreu, l’architecture se modifie. On aurait presque l’impression de changer de pays, de pénétrer en territoire palestinien. Et pourtant.

A Nazareth vivent essentiellement des arabes, musulmans ou catholiques. Leur origine, palestinienne, comme ils la revendiquent pour la plupart, ne les a pas protégé des roquettes du Hezbollah. Le 19 juillet, deux frères, âgés de sept et trois ans, jouaient dans la rue lorsque des Katiouchas se sont abattus sur leur quartier, blessant en même temps une vingtaine de personnes toutes arabes. Dans l’instant, choqué, le père a accusé Ehud Olmert, le Premier ministre israélien, d’avoir tué ses enfants en déclenchant l’offensive au Liban. Avant de renvoyer dos-à-dos le Hezbollah et l’état hébreu. Voici résumée la position délicate de toute une ville : ne soutenir ni les juifs israéliens, ni la milice chiite.

 

Finie la guerre, place à la paix ?

 

Arnaud Lucas, un jeune français en charge du Centre culturel de Haïfa et Nazareth, a assisté en première ligne aux événements de cet été. Il a vu les roquettes tomber et tuer ces deux enfants : « J’étais juste à côté, à l’hôpital. J’ai entendu la déflagration, les fenêtres se sont mises à trembler, puis j’ai vu beaucoup, beaucoup de fumée, très noire s’élevait dans le ciel. Sur l’instant, j’ai eu très peur parce que j’ai une très bonne amie qui vit dans le quartier où la roquette était tombée. Je l’ai appelé, elle regardait les informations. On a appris ensemble que deux enfants avaient été tués. »

Pour s’informer de l’ampleur des bombardements, les habitants de Nazareth regardaient constamment les chaînes d’informations en continu et notamment Al Manar. Des Israéliens regardant la chaîne chiite radicale en temps de guerre contre le Hezbollah ? C’est tout le paradoxe de cette ville, prise entre ses origines et la nationalité de la terre sur laquelle elle est construite.

Depuis que les armes se sont tues, les habitants tentent de ne pas oublier qu’ils sont Israéliens et reprennent leur quotidien. La guerre n’est plus qu’un mauvais souvenir que les Nazaréens assurent avoir oublié. Ceux qui acceptent d’en parler ne relèvent aucune fracture dans le fragile équilibre qui survit entre juifs et arabes israéliens. « Personne n’a de ressentiment envers Israël ici. Nous vivons ensemble et en paix, sans aucun problème », assure Najib, l’un des gardiens de la Basilique de l’Annonciation. Est-ce la présence de ce lieu saint du christianisme, où Marie apprit qu’elle était enceinte, qui pacifie les esprits ? Un peu plus loin, Mohammed, peintre en bâtiment, raconte la guerre dans les mêmes mots : « Je travaillais à Haïfa et je faisais tous les jours l’aller-retour [environ une heure de route] pour voir mes trois enfants. C’est pour eux que j’ai eu le plus peur. Je me fous d’Israël ou du Hezbollah, j’espère juste que la paix pourra s’installer et que mes enfants pourront vivre dans la tranquillité. »

 

Une fracture de plus

 

Personne n’a regardé Al Manar, personne ne comprend le discours du père des deux enfants morts. Arnaud Lucas lui affirme, que « très vite après, clairement, il y a eu un fossé entre la population arabe et la population juive. Sur mon ordinateur, je recevais régulièrement des appels au boycott aussi bien des produits français [pour protester du soutien de Paris au Liban] que des produits israéliens, des appels à manifester de part et d’autre. » Le jeune directeur du Centre culturel français traduit l’opinion d’une partie de la rue, raconte comment cet après-guerre « est la continuation de la résistance arabe palestinienne devant l’occupant israélien ».

Le conflit entre Israël et le Hezbollah contient en effet toutes les disparités existantes entre arabes et juifs. Certes, le nord du pays, visé par les tirs de roquettes, abrite la majorité de la population arabe, mais alors qu’ils ne représentent que 20% de la société israélienne, ils recouvrent plus d’un tiers du nombre total des victimes. Une différence qui s’explique par le manque d’infrastructures, l’impossibilité de fuir et surtout l’absence d’abris. Les différences de développement entre ces deux Israël sont criantes. Pour s’en convaincre, il suffit d’aller faire un tour à deux kilomètres de Nazareth, sur les hauteurs, dans un quartier flambant neuf qui surplombe la vieille ville. A Nazareth-Illit, autour de la mairie, ne vivent que des juifs dans des résidences plus spacieuses, dans un quartier plus agréable à vivre, comparé aux étroites rues de Nazareth.

 

Une école pour reconstruire l’entente

 

En Galilée cohabitent juifs, chrétiens et musulmans, mais comme dans la plupart des cas, excepté celui de Haïfa, tous vivent dans l’indifférence, ni ennemis, ni amis. Pourtant, Nazareth, ville sainte du christianisme, devrait porter la marque de l’entente entre les peuples. Et les sœurs françaises installées dans leur couvent à deux pas de la Basilique devraient soutenir ce discours de paix. L’une d’elles se félicite d’ailleurs que la veille, à Haïfa, dix-sept personnes de toutes confessions, de toutes origines, aient été décorées par le maire de la ville pour leur travail en faveur de la paix. Mais très vite, le discours se fait plus pessimiste car même les bonnes sœurs, face au fossé entre les deux communautés, ne peuvent se cacher derrière les valeurs catholiques. « Le problème entre juifs et arabes ne date bien sûr pas d’hier. Tant que les juifs d’Israël continueront à mépriser les arabes qui vivent sur leur terre », aucune solution ne verra le jour, explique une des sœurs qui préfère taire son nom.

La solution, le père Shoufani, lui, pense la détenir. En 1976, il ouvre une école à Nazareth dont le premier but est de travailler à la cœxistence pacifique entre arabes et juifs. De 200 élèves, l’effectif passe en quelques années à un millier de jeunes arabes. L’école se dote d’un observatoire astronomique, d’une section d’études musicales. Les méthodes d’enseignement, elles, restent les mêmes : des séjours de plusieurs jours dans des familles juives, des discussions autour des conflits récurrents et même, ce dont le Père est très fier, un voyage à Auschwitz avec de jeunes arabes en mai 2003. « Le but de l’école est d’abord de les aider à obtenir d’excellents résultats scolaires pour qu’ils intègrent les universités juives  puis de leur inculquer les valeurs de la société israélienne. »

Avec un tel objectif, la question est évidente : comment l’école gère-t-elle l’après-Liban ? « Par le dialogue », répond immédiatement celui qui fut décoré par l’Unesco. Le Père Shoufani est convaincu que les événements de cet été ne sont qu’un léger coup de canif dans son entreprise de paix. Il se fait même critique envers les arabes de Nazareth qui se disent palestiniens : « Si vous leur demandez s’ils veulent rejoindre leurs frères en Cisjordanie, ils vous répondront jamais. En fait, ils sont économiquement Israéliens et sentimentalement Palestiniens. »

L’enseignement du Père Shoufani permet chaque année à de jeunes arabes israéliens d’obtenir d’excellents résultats mais celui-ci ne concerne qu’une infirme partie des enfants et adolescents de la région. Alors certains n’hésitent pas à dire que le Père est un notable, un membre du haut-clergé et que ses efforts de dialogue interconfessionnel sont vains. La conclusion de Basel, un jeune de vingt ans, né à Nazareth, est lapidaire : « il y a des villes pour arabes, il y a des villes pour juifs. Les deux ne se mélangent pas. »


 

Photo 1 (Violaine Molinaro) Sur les hauteurs de Nazareth, les maisons s'entassent. Toute la ville s'organise ainsi : des rues étroites, un tissu urbain serré, des voitures qui tentent de s'y frayer un chemin dans un concert de klaxons.


 

Photo 2 (VM) Le couvent des soeurs françaises de Nazareth.


paru dans Tohu Bohu

 

 

 

 

Par Matthieu Deprieck - Publié dans : Viendez-voir ... Israël
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