À force de dire que Martin Scorsese, en quittant le milieu mafieux, a perdu sa patte, quil ne réalise plus que des films sans relief, il fallait sy attendre, le voici de retour au milieu des pourris et des gangsters, au milieu de la pègre irlandaise, dans un Boston aux accents seventies. Pourtant, quand il a annoncé son intention dadapter le thriller sud-coréen Infernal affairs, les blasés et les rabats-joie ont dû gloser une nouvelle fois sur le bon vieux temps, sur le manque doriginalité de Scorsese, sur sa dissolution dans une industrie du spectacle.
Il faudrait examiner leurs visages durant les 2h30 que dure Les Infiltrés, et leur taper sur les doigts au moindre sourire, au moindre signe dune addiction au suspense infernal que construit Scorsese. Car même en ayant vu le très bon film dorigine dAndrew Lau, on sursaute devant les rebondissements du scénario : Scorsese a trouvé le juste milieu entre lexercice de style qui consiste à reprendre plan par plan une uvre originale (voir Psycho de Gus van Sant) et le massacre que subissent actuellement les films asiatiques (surtout dépouvante) passés à la moulinette hollywoodienne. Le spectateur est donc embarqué dans une autre atmosphère, totalement immergé, ne pouvant sortir la tête hors de Boston quune fois le générique déroulé.
Si Scorsese parvient si bien à nous emmener, cest quil revient sur les terres qui lont fait entrer dans le cercle des grands cinéastes. Même si ses précédentes réalisations étaient loin dêtre des ratés (comme on a pu lentendre), depuis Casino, dernier film de ripoux, on navait pas senti un tel plaisir chez Scorsese à filmer, à se faire rencontrer autant de personnages à la psychologie complexe dans la même pièce, à montrer les magouilles des uns et des autres, de la police et des mafieux.
Alors, bien sûr, Les Infiltrés reste un remake avec tous les défauts que cela comporte. Le scénario, par exemple, reste le même à peu de choses près. Deux jeunes dorigine irlandaise sortent de lacadémie de police et intègrent les forces spéciales de la police de Boston : lun, Collin Sullivan (Matt Damon) est le bras droit de Costello, le chef de la mafia irlandaise, lautre, Billy Costigan (impeccable Léonardo di Caprio), infiltre la bande de Costello, justement. Une histoire de destins croisés, où le bon nest pas là où on lattend, où le moyen ne compte pas tant que le but est atteint.
Et au milieu dun casting royal, Jack Nicholson
Mettons le scénario de côté : même sil est excellent, plein de rebondissements, il ne démontre aucun talent. La leçon de Scorsese se situe ailleurs, dans la mise en scène, dans une réalisation classique sublimée par un montage assez audacieux pour impulser un rythme denfer à lensemble. La photographie, elle, confère à Boston version années 2000, une atmosphère proche de Mean streets, Taxi driver, ou des vieux films de Lumet, en fait des polars dans des rues sombres, dans de vieilles bâtisses qui sentent la poussière et le crime.
Si lon oublie les surprises du film original, cest quà la place du montage épileptique dInfernal affairs, du ton symboliste et métaphorique du film, Les Infiltrés prend plus son temps, dit plus de choses et en suggère dautres. Cest que Scorsese a compris quil serait ridicule de vouloir copier le style « hongkongais ». Son style, il limprime grâce à une brochette dacteurs de renom, dont on jurerait quils sont nés pour faire ce film, tant ils ont la gueule de lemploi. Que ce soit Alec Baldwin, Martin Sheen, Mark Wahlberg, ou bien évidemment le duo Damon-Di Caprio, tous incarnent la palette de sentiments dont disposent leurs personnages. Et puis, au milieu, il y a Jack Nicholson, incroyable en patron de la mafia, dun inquiétant calme dans sa traque à lagent double infiltré dans sa bande.
Cest du Scorsese tel quon laime : brutal, passionné, sombre, violent parfois drôle. Les blasés et les rabats-joie pourront ravaler leur « Scorsese, cétait mieux avant ».
Le nouveau Bond est arrivé
Les détracteurs de Daniel Craig doivent se mordre les doigts d’avoir ouvert la bouche avant de l’avoir vu à l’œuvre. Le nouveau James Bond n’est pas que le dernier d’une série de 21 épisodes, il est surtout un grisant renouvellement du genre.
Il ne faut pas longtemps pour comprendre que Casino royale comptera plus que les autres. Deuxième plan : dans la pénombre, dans un recoin, assis dans un fauteuil, James Bond interpelle un de ceux que l’on appelle « les méchants ». L’homme se frotte les mains, James Bond vient juste d’obtenir son permis de tuer, il n’osera pas dégainer et le flinguer. Flash-back soudain : un homme se fait rouer de coups puis exécuter dans des toilettes par un James Bond débraillé, suant, suintant la haine. Retour dans le bureau : le méchant reçoit une balle dans la tête. Pas l’ombre d’un remords sur le visage de James Bond.
Puisque les règles sont faites pour être contournées, Casino royale casse la sacro-sainte linéarité du récit, transforme le flegme du célèbre agent britannique en une violence contenue
qui, une fois libérée, fait trembler les murs d’une ambassade à Madagascar. Le 21e volet de la saga 007 est le premier portrait psychologique véritablement abouti du personnage Bond.
Pendant près de 2h30, Martin Campbell, déjà réalisateur de Goldeneye, époque Pierce Brosnan, profite de chaque instant pour laisser le bouillonnant caractère de Bond s’exprimer. Il hurle face à la douleur, il laisse s’exprimer, dans son regard, une froideur effrayante, un désir de vengeance, il pleure, il tremble, il ouvre son cœur, il ploie, il manque de mourir. Oui ! Bond fait tout cela. Après une vingtaine d’épisodes sur le même ton, dans le même moule, la surprise est énorme, elle secoue le spectateur, l’interroge sur sa fascination pour 007. Pourquoi aimer quelqu’un qui dézingue à tout va ? Est-ce le même Bond qui me faisait rêver 10 ou 30 ans auparavant ? Oui et non. Car Casino royale met en scène la première mission d’un agent inexpérimenté, tout juste sacré 00. Il n’a pas encore affronté le Docteur No, pas encore vu Ursula Andress sortir de l’eau en bikini. On comprend mieux les failles, le costume qui semble trop large pour le nouveau Bond.
En matière de combats, Casino royale joue la carte de l’épure
En voyant qu’il précédait, dans la chronologie des Bond, Sean Connery et consort, Daniel Craig a dû souffler : tout était à inventer chez 007, tout était à construire, son rapport avec les femmes, avec sa hiérarchie (M. fidèle au poste).
Alors qu’il soit blond, qu’importe ! Ce n’est pas la première règle que viole le film de Martin Campbell. Sans être un amateur de « rupture », lui et ses scénaristes (dont Paul Haggis, réalisateur de Collision et scénariste de Clint Eastwood) trouvent la parfaite alchimie entre rénovation et démolition. Casino royale souffle un vent d’air frais sur le genre sans laisser de côté l’exotisme des endroits rencontrés (Ouganda, Montenegro, sans oublier le traditionnel Bahamas) et surtout sans oublier les scènes d’actions époustouflantes.
Malgré une course-poursuite d’un bon quart d’heure, d’un chantier jusqu’à une ambassade de Madagascar, la scène centrale, l’affrontement entre « le » méchant (un affreux banquier du nom de Le Chiffre, en français dans le texte) et Bond se passe autour d’une scène de poker dans le « Casino royale », au Monténégro. Du suspense, bien sûr, mais surtout une esthétique autour de jetons jetés nonchalamment sur le tapis de jeu, de regards lancés à la sauvette, de cartes à peine dévoilées pour le spectateur.
Et puis, il y a cette fin, prodigieuse, frappante par son tranchant, son aridité, comme si le mot fin signifiait le point de départ des aventures de 007. Avec Daniel Craig en tête d’affiche, on rempilerait bien pour encore quelques heures de Bond, … James Bond.
On aimerait dire de certains films qu’ils sont franchement réussis, qu’ils nous ont bouleversé et qu’après eux, rien ne sera plus pareil. On aimerait dire cela de L’Etoile du soldat parce que son réalisateur, Christophe de Ponfilly, incarnait l’idée d’un journalisme jusqu’au-boutiste, derrière lequel il disparaissait. Il avait réalisé plusieurs documentaires autour de l’Afghanistan et surtout autour du commandant Massoud, leader des moudjahidin qui avaient tenu tête aux forces soviétiques dans les années 1980 puis aux talibans. Massoud avait été assassiné deux jours avant le 11 septembre 2001. Et de cette mort, Christophe de Ponfilly ne s’en était jamais remis. Il s’est suicidé le 16 mai dernier.
Alors, oui, on aimerait dire que ce film est génial, mais Christophe de Ponfilly a beau être un journaliste talentueux, il n’est pas un cinéaste hors pair. Et au lieu de choisir le documentaire, comme il l’avait fait pour Massoud l’Afghan, il opte dans L’Etoile du soldat pour la fiction. Comme il ne faut jamais essayer de chasser son naturel, Christophe de Ponfilly se loupe. A aucun moment, il ne parviendra réellement à combler le déséquilibre entre volonté de dire, de raconter la réalité d’une guerre et nécessité de tisser une histoire digne de figurer en 35 mm pendant une heure et demie sur grand écran. Il a beau confié le premier rôle à un brillant Sacha Bourdo, son caractère de journaliste rattrape le cinéaste. Symbole de cette concurrence, le choix de confier l’autre rôle principal, celui du narrateur, à Patrick Chauvel, photographe de guerre, dans son propre rôle. Sans que ce personnage ne soit véritablement nécessaire à la conduite du récit, il occupe une place importante et prononce des phrases pleines de lyrisme (et de ridicule) en contemplant les étoiles.
Une certaine idée de la guerre et de l’amitié
L’Etoile du soldat raconte tout autre chose, l’histoire de Nikolaï (Sacha Bourdo), soldat soviétique envoyé sur le front afghan en 1984, et de son enlèvement par des soldats afghans. C’est Mowgli dans les montagnes afghanes, puisque les hommes du commandant Massoud vont finir par l’adopter sous l’insistance du journaliste français Vergos (Patrick Chauvel), présent au milieu de cette troupe pour réaliser un reportage sur le commandant Massoud.
Il y a dans la conduite du récit des épisodes inutiles (les jours passées en URSS avant d’être envoyé sur le front) ou des moments qui n’en finissent plus et qui retardent l’entrée dans le sujet (la vie de Nikolaï entouré de ses camarades soviétiques). Le sujet, c’est l’absurdité de la guerre, les amitiés qui peuvent se tisser entre deux camps a priori opposés, entre Joyeux Noël (en bien moins niais tout de même) et No man’s land (en bien moins subtil).
Même si le sujet a déjà été assez exploité par le cinéma, Christophe de Ponfilly s’en sort et offre de belles séquences d’amitié, dans lesquelles Sacha Bourdo brille. Mais tous ces moments où l’on oublie l’âpreté de la guerre ne se prolongent pas. Christophe de Ponfilly n’était pas un cinéaste. Il était documentariste. Un grand documentariste.
Sur le front de mer, vous remarquerez de grandes tours en béton. L'urbanisme n'a pas épargné le littoral méditerranéen. Les constructions sont, dans une grande majorité des hôtels de luxe dont l'architecture très marquée années 70 a très mal vieilli. Toute la ville de Tel Aviv s'organise autour de la plage et s'étend sur quelques kilomètres. La ville est si étroite qu'on peut la traverser à pied dans sa largeur (pour les courageux tout de même).
A demain pour la dernière étape.