Boudu est aussi plat que la ligne de mon encéphalogramme à la sortie du film. Gérard Jugnot, fort de ses succès précédents, parmi lesquels Les Choristes et Monsieur Battignole, s’attaque au Cinéma, le vrai, en signant le remake du film de Renoir, Boudu, sauvé des eaux. L’histoire est simple : un propriétaire de galerie d’art (Gérard Jugnot) repêche un SDF (Gérard Depardieu) qui tente de se noyer dans le canal du Midi. Un peu forcé par son assistante, il l’accueille dans sa maison et malgré la présence de sa femme (Catherine Frot) en pleine convalescence. Mais, le SDF s’avère vite être un sans-gêne total.
Les cinéphiles crient déjà au scandale, arguant que Jugnot ferait bien de se contenter du cinéma de télévision sans empiéter sur le terrain artistique dont Renoir est un des meilleurs représentants. Après des Choristes dégoulinant de tendresse et de moralité, on pouvait s’attendre au pire. Et pourtant, il faut reconnaître que l’entrée en matière est plutôt réussie. Toutes les situations inhérentes à ce schéma déjà éculé, qu’est l’entrée d’un rustre dans une famille bourgeoise, sont exploitées. Les rires sont nombreux et Depardieu, s’autoparodiant en alcoolique grossier, amuse. Mais Jugnot a pensé qu’une succession de gags pouvait faire un film et il s’est lourdement trompé. Car le film est plat dans tous les sens du terme : aucun scénario, aucune évolution dans les personnages et surtout aucun nœud dramatique qui puisse faire naître chez le spectateur une quelconque envie de voir Boudu jusqu’au bout. Les situations invraisemblables, à la limite du grotesque ne relèvent jamais la platitude d’un tel film. Jugnot s’embourbe dans une longue série de situations cocasses qui ne se valent pas plus les unes que les autres. L’attrait dramatique (entendre drame au sens de « marche de l’action ») du film se résume en une dizaine de minutes, trop tard pour nous sortir d’un énervement au bord de la grosse crise de nerf.
Reste les acteurs qui soutiennent le film comme ils peuvent. Gérard Depardieu retombe dans les travers des Anges Gardiens, appelant ses camarades « Ma poule » et rotant et pétant à tout bout de champ. Ses marques de grossièreté sont aussi nombreuses que ses repas gargantuesques et bien arrosés. N’y aurait-il pas une clause dans tous ses contrats qui spécifie que son personnage doit manger et boire tout au long du film ? Quant à Jugnot, le rôle du méchant au cœur tendre est épuisé depuis déjà longtemps. Catherine Frot, quant à elle, s’en sort plutôt bien mais incarne à nouveau le rôle d’une épouse disjonctée et délicieusement timbrée. Elle est peut-être la seule touche de profondeur d’un tableau remarquable de banalité et de lourdeur.
Le plus déplorable dans ce film reste la morale. Une idée, une seule : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé. » Le ton chrétien de cette formule résume à lui seul le personnage de Coralie, secrétaire de Jugnot, chrétienne pratiquante qui s’est fait le vœu de ne pas coucher avant le mariage. Aidons les personnes dans le besoin. Car même si elles paraissent folles, sales, mal éduquées, au fond d’elles bat un petit cœur. Idée louable mais le cinéma a-t-il besoin d’un second Téléthon ? Le film suinte le bon sentiment et pas question de soulever le moindre carré de ciel noir sur ce beau tableau en forme de carte postale signée « Bons baisers de Provence. » Evidemment, le ciel est toujours azur, les cigales chantent, la galerie d’art se trouve sur une petite place autour d’une fontaine, le marché propose des tas de légumes aux couleurs chatoyantes. Mais où est passé le pain sentant l’huile d’olive ? Alors que Boudu se déroule dans notre époque – puisque Boudu regarde Qui veut gagner des millions ?, un petit coucou à TF1 qui finance le film-, tous ces paysages sentent le bon vieux temps que nous regrettons tous.
Jugnot nous resserre la nostalgie des années 1950 et la mâtine de moralité. Assez pour nous faire détester un film qui n’avait pas besoin de cela, la faiblesse du scénario suffisant amplement. Si cette critique est si cruelle, c’est que Jugnot semble prendre les spectateurs pour des ânes en voulant leur servir du divertissement et du populaire, selon ces mots. Mais, faut-il servir aux gens de telles crétineries pour obtenir leur adhésion ? La qualité n’est elle réservée qu’aux films kazakhs non sous-titrés ? M. Jugnot, apprenez que les gens peuvent passer un moment agréable sans qu’on leur administre un film écrit en vingt minutes ! Du réalisateur on préférera donc Une époque formidable.
Enfin, si je parais si dur, c’est que je sais que ce film fonctionnera grâce à la campagne quasi-militaire de promotion et l’armada des fans des Choristes. Beurk !