Critiques cinéma

Samedi 14 janvier 2006 6 14 /01 /2006 19:05
La Crypte de Bruce Hunt (sortie le 11/01)

Plus stalactite que stalagmite !

Question faune et flore des milieux souterrains de Roumanie. Je suis … je suis … Top. Je suis une créature haute de trois mètres, pourvue de dents acérés qui me permet de déchiqueter mes proies, et de grandes ailes translucides grâce auxquelles je vole. Je vis dans une grotte en Roumanie, à proximité d’une titanesque rivière souterraine. Je me nourris exclusivement d’acteurs américains bodybuildés, au sourire éclatant et de jeunes actrices à la poitrine proéminente. Je suis … je suis le monstre de La Crypte, premier film de Bruce Hunt, assistant réalisateur sur Matrix et Dark city.

La Crypte n’est rien de plus que l’histoire d’une équipe de plongée partie sous terre pour explorer une rivière souterraine de 150 kilomètres de long. L’équipée se transformant très vite en boucherie, la faute à une grosse bestiole, fils d’Alien et d’une gargouille. Tout un programme. 

Son film, Bruce Hunt le construit au bulldozer ! Sus à la cohérence psychologique de ses personnages (je suis en danger mais je cours en direction du prédateur), sus à toute action secondaire qui pourrait ralentir l’expédition de nos héros ! Et c’est ce qui est plaisant dans cette Crypte. L’académisme de la mise en scène et la linéarité de la narration permettent de ne laisser de côté aucun spectateur et de créer un suspense fort plaisant. On sursaute à quelques reprises, on apprécie la tension proche de celle de la quadrilogie Aliens (il faut dire que le physique de la créature nourrit la ressemblance).

Mais catastrophe ! Bruce Hunt décide d’en rajouter une couche, puis deux, jusqu’à construire un film foutoir où toutes les créatures rencontrées sont assoiffées de sang (de l’anguille à la chauve-souris) et en veulent particulièrement aux spéléologues. 

« Fuyez ! » devient un mot d’ordre autant pour les protagonistes que pour le spectateur. On n’y comprend plus grand chose, on ricane devant l’un des scientifiques en débardeur, suant, et exposant son impressionnante plastique. Au fil de l’action, le réalisateur semble perdre pied et oublie la simplicité des premières minutes. D’un film qui se nomme La Crypte et qui adopte comme sous-titre « Sous terre, il y a l’enfer. Et sous l’enfer, il y a … », le spectateur n’attend rien d’autre qu’un film fantastique où chaque contre-plongée, chaque plan suggèrent la présence d’une bestiole prête à bondir sur de la viande fraîche. C’est ce que le film nous apporte avant donc de lâcher les fauves : ça tranche de partout, le sang gicle … et le scénario flanche.

Plus palpitant qu’une visite guidée de Lascaux, plus spectaculaire qu’une descente en famille dans le gouffre de Padirac, La Crypte divertit sans trop agacer. Dommage que Bruce Hunt ne peut empêcher sa production de tomber toujours plus bas. Une descente aux Enfers dont le point d’orgue tient dans les dernières secondes.

Mauvaise nouvelle : il y aura certainement un second volet à cette crypte.

Par Duc de Rodenbach - Publié dans : Critiques cinéma
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Mercredi 18 janvier 2006 3 18 /01 /2006 13:48
Zathura, sortie le 1er Février (aussi appelé Jumanji 2, chic alors on attendait cette suite)

 

Lost in space

 

 

Seize ans que ça dure. Tous les samedis, depuis 1989, les téléspectateurs se pressent devant leur petit écran pour découvrir les aventures de Fort Boyard. Et c’est toujours la même chose : des candidats qui courent comme des dératés dans les couloirs sombres d’un endroit infesté par les araignées, les serpents et les animatrices en justaucorps. Pourquoi le programme fonctionne toujours ? Parce qu’on attend chaque été les nouvelles épreuves. Et bien Zathura fait appel à ce même sentiment honteux tapi au plus profond de nous : la curiosité.

 

 

 

 

Zathura, c’est la suite de Jumanji. N’en déplaise aux fans qui jurent que : « non, non, ce n’est pas les mêmes personnages, pas le même univers ». Le film raconte les aventures de deux frères et d’une sœur propulsés dans l’espace après avoir découvert un jeu de société. Remplacez les girafes par des astéroïdes et les singes par des extra-terrestres, vous obtenez Zathura. Ce qui capte l’attention, c’est la promesse de nouvelles épreuves, de nouveaux dangers.

Sur ce plan, les motifs de réjouissance ne manquent pas. Les plus jeunes seront absorbés par un suspense bien construit et les plus vieux pourront toujours éviter la somnolence en observant l’esthétique rétro créé par le papa de Terminator et des dinosaures de Jurassic Park. Stan Winston n’a pas cédé aux sirènes des effets spéciaux. Il a justement choisi de faire des Zorgons -les ennemis de ce Zathura- des marionnettes voire des déguisements délicieusement kitsch, plutôt que des créations de pixels. Les navettes spatiales semblent tout droit sorties des plus grands films de science-fiction, période années 1950.

Sans cela, le film coule à pic. L’ensemble n’est que prétexte à une leçon de morale type « Aimez vous les uns les autres… ». On se doute bien que toute la fratrie s’embrassera chaleureusement à la fin des quatre-vingt-dix minutes réglementaires. Zathura est un film pour les enfants et strictement pour les enfants.

Même si ce film se réclame directement de Jumanji (même scénariste, en l’occurrence l’auteur des deux livres et du Pôle express), créer quelques lignes de récit inédites auraient grandi l’ensemble.

On ne peut s’empêcher de comparer la copie et son modèle. Pour s’apercevoir que, sans Robin Williams, le casting sonne creux. Il y a bien Tim Robbins à la place. Mais il n’apparaît que quelques minutes au début -le temps de montrer que depuis le divorce, il ne gère vraiment plus sa famille- et quelques secondes à la fin. Et lorsque le scénario tente de sortir des sentiers tracés par Jumanji, c’est la catastrophe. Une séquence hasardeuse tente d’apporter du contenu et plombe l’aventure spatiale. C’est comme si les candidats de Fort Boyard s’arrêtaient de hurler de terreur une mygale dans une main, un boa dans l’autre. La fin d’une époque !

Par Duc de Rodenbach - Publié dans : Critiques cinéma
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Lundi 6 février 2006 1 06 /02 /2006 18:32

Massages thaïlandais

 

Quand Tony Jaa passe, les membres cassent. Protégez tibias, fémurs et avant-bras, le nouvel héros des arts martiaux débarque dans une nouvelle aventure musclée. Bien que prévenus, les dizaines de gangsters patibulaires ne font pas long feu et se retrouvent vite à terre, gémissant de douleur. Mais pourquoi est-il si méchant ? Parce qu’on lui a volé son éléphant préféré. Tony Jaa (Kham dans le film) a grandi avec le mammifère jusqu’au jour où des sales types l’embarquent. Direction l’Australie pour être servi dans les assiettes d’un restaurant spécialisé en mets exotiques.

Bien que thaïlandais, Tom-Yung-Gong se déroule en très grande partie à Sydney. Ce décalage entre le monde occidental et l’univers asiatique apporte une touche décalé à l’ensemble. Et de l’humour, surtout de l’humour.


Le réalisateur Prachya Pinkaew n’oublie rien des codes du genre. Seulement, il en fait toujours plus, jusqu’à verser dans le grotesque. Un des derniers combats oppose Tony Jaa à une quarantaine de molosses qui, les uns après les autres, vont subir le courroux de l’athlète. C’est trop, bien trop. Mais l’on ne peut s’empêcher de rire tellement tout cela est grotesque, dans le bon sens du terme. Les films de Stephen Chow, et notamment Crazy Kung-fu, ne sont pas loin. Certes, l’humour distillé ici est moins évident, il se situe à un degré bien plus lointain, mais l’idée de s’amuser du genre « films d’arts martiaux » reste présente. De la même façon, en posant face à Tony Jaa, des loubards et punks aux allures de Vikings, difficile de ne pas sourire.


Mais la qualité d’un film d’arts martiaux se juge d’abord sur la qualité des combats proposés. Et sur ce plan, le spectateur a de quoi se satisfaire. La puissance que dégage Tony Jaa est impressionnante. Chaque coup porté libère une sauvagerie, une cruauté saisissante. Point de chorégraphie alambiquée, de gags mal venus, c’est de la baston, de la pure et dure. Ca castagne, ça éparpille façon puzzle, ça latte dans les mâchoires et dans les … Sur un terrain différent de celui usé par Jackie Chan et Jet Li, Tony Jaa revient aux fondements des arts martiaux : des combats nerveux et brefs, presque entièrement exécutés aux poings et aux pieds.

Ce Tom-Yung-Gong (littéralement soupe de crevettes) trouve la recette d’un film de combats réussi : de petites variations astucieuses qui ne dénaturent pas les codes du genre d’un côté, et de l’autre un classicisme bien venu dans les combats montrés. Oui, la ligne directrice du film est ridicule de simplicité (« je vais casser les dents de ceux qui m’ont volé mon éléphant ») mais le réalisateur devance les critiques et semble s’en moquer lui-même. On a donc envie d’aller au bout de l’aventure avec Tony Jaa. Pour voir s’appliquer le proverbe : qui vole un éléphant, ramasse ses dents !

Par Duc de Rodenbach - Publié dans : Critiques cinéma
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Mercredi 8 février 2006 3 08 /02 /2006 19:09

Déprime en 2006, dictature en 2415

 
Sortie mercredi 8 février du second film de la réalisatrice de Girl fight. Fini l’intimité des rings de boxe ! La femme s’attelle à l’anticipation. Avec moins de punch mais un sens du divertissement.

 
Si vous vous sentez perdu, déprimé, opprimé en 2006, pensez un peu à ceux qui vivront en 2415.
Cela vous réconfortera. Car dans quatre siècles, le pouvoir sera dictatorial, et sous couvert d’apporter le bonheur et la plénitude à la population, il pratiquera l’exécution pure et simple des Monicans. Qu’est-ce qu’un Monican ? C’est Charlize Theron alias Aeon flux. Aidée de combattants surentraînés, elle a décidé de renverser le pouvoir en place et d’assassiner le président. Sauf que le président n’est pas celui qu’elle pense…

 
Dictature, perversion des valeurs jugées nobles (comme le bonheur, la sécurité et le confort) et clonage. La recette est connue. Elle a déjà enfanté des livres (Le Meilleur des mondes de Aldous Huxley, par exemple) et des films dont le pitoyable The Island de Michael Bay, sorti cet été. Si l’on intègre ces lignes de scénario à une architecture composée de grandes surfaces blanches et lisses, de grandes verrières séparant la Cité « parfaite » du reste du monde sauvage et donc dangereux, la ressemblance avec les précédentes œuvres d’anticipation est flagrante.

Certes, Aeon flux ne se distingue pas par son originalité. Le récit se déroule sans accroc, tout juste le scénariste se réveille en fin d’ouvrage pour introduire un ou deux retournements de situation. Pas de quoi réveiller un spectateur sagement calé dans l’action trépidante du film. Mais dans le genre, Aeon flux se hisse au niveau de ses prédécesseurs par ses cascades et ses effets spéciaux réussis. Pas suffisant pour convaincre les distributeurs. Le film débarque dans une trentaine de salles (seulement) en France.

 
Etonnant pour un film qui met à l’affiche Charlize Theron. Etonnant pour un film mis en scène par Karyn Kusama, réalisatrice de Girl fight, film sur la boxe féminine (sans Hilary Swank !) Etonnant pour un film d’action et d’anticipation, thèmes appréciés du grand public. Les financiers auraient-ils senti le souffle de l’échec pour réviser subitement leur plan de sortie ? Sur un plan cinématographique, cette décision est plus qu’étonnante. Elle est injuste. Pourquoi Bambi 2 aurait-il droit à une sortie honorable (alors qu’il est programmé le jour de la sortie des Bronzés 3) ? Pourquoi surtout The Island de Michael Bay, jouant sur le même tableau que Aeon flux, a lui bénéficié d’un nombre de copies impressionnant ? Que ce film n’ait pas sa chance sur grand écran, qu’il parte avec un boulet aux pieds, c’est injuste.

 

Oui, le film ne développe aucune réflexion métaphysique (bien qu’il essaie tout de même) ! Oui, l’héroïne, armée de sa pince à cheveux, échappe à des centaines de méchants surarmés ! Mais que demande-t-on de plus à un tel film ? De divertir. Et c’est plutôt réussi.



Si vous voulez vous remonter le moral, choisissez donc Aeon flux plutôt que The Island. Pour penser au malheur de ceux qui vivent en 2415.

Par Duc de Rodenbach - Publié dans : Critiques cinéma
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Mercredi 15 février 2006 3 15 /02 /2006 10:51

Elvis Presley vs. la momie égyptienne avaleuse d’âme

 Le King et le président John Kennedy pourchassent une momie égyptienne dans une maison de repos du Texas. Absurde ? Oui. Et tellement drôle.
 
Elvis Presley n’est pas mort. Sur les toilettes, en 1977, le pantalon au bas des jambes, c’était Sebastian Haff, un sosie. Le King, lui, croupit dans une maison de retraite. Le ton est donné. Bubba Ho-Tep est une hilarante farce devenue culte lors de sa diffusion aux Etats-Unis, il y a deux ans. Le public français a aujourd’hui la chance de le découvrir et de rire aux éclats.

Le rire, dans Bubba To-Hep n’est jamais forcé. Les gags les plus absurdes, les plaisanteries les plus loufoques –parfois en dessous de la ceinture- s’accompagnent d’une écriture des plus simples et des plus sérieuses. C’est la force de ce film : faire rire sans artifice, avec une narration proche de n’importe quelle œuvre cinématographique. L’humour du film n’est ni un humour potache type teen-movie, ni un humour surréaliste qui s’affranchirait de tout récit comme dans la série des Y’a-t-il un flic… C’est le retour du grotesque, du vrai. Transformer le laid en beau, le ridicule en sublime.


Dans Bubba Ho-Tep, on tourne en ridicule la mythologie égyptienne, une gloire du rock n’roll et un ancien président des Etats-Unis. Elvis, accompagné d’un camarade d’hospice -un papy noir qui prétend être John Kennedy- décide de chasser une momie égyptienne avaleuse d’âmes venue terroriser les occupants de la maison de repos. Complètement absurde. Mais jamais, le récit n’est le point de départ d’un délire non maîtrisé. Les plaisanteries restent cadrées par l’écriture et le sérieux des personnages. Et lorsqu’elles se libèrent de ce carcan, le rire est encore plus puissant.


S’inspirant de l’univers des séries B, le réalisateur Don Coscarelli s’amuse avec le kitsch et l’improbable. Exemple : Elvis en déambulateur aux prises avec un gros cafard. Ou le président Kennedy fonçant en chaise roulante, vers une momie ou plutôt, comme il est évident de le voir, vers un acteur sommairement déguisé en momie. L’esprit ludique des séries B renaît dans un cinéma qui se prend parfois un peu trop au sérieux. Et témoin de cet hommage aux films d’horreurs des anciens temps, l’acteur principal n’est autre que Bruce Campbell, l’acteur fétiche de Sam Raimi et héros de la saga Evil Dead.


Derrière l’excentricité du scénario, Bubba Ho-Tep évoque tout de même le sort que nous réservons à nos aînés (c’est Bernadette Chirac qui va être contente). Mais surtout le film reprend les plus grandes théories conspirationnistes pour s’en moquer. Ainsi, pour Don Coscarelli, JFK n’est pas mort à Dallas. Des proches du président lui ont remplacé une partie du cerveau disparue dans l’assassinat par du sable. Mais pourquoi est-il noir ? Parce qu’il fallait le cacher. Il a donc été teint en noir (sic).


Courez voir Bubba Ho-Tep ! Vous pourrez (pour une fois) rire sans vous abêtir. Voici un film qui ne prend au sérieux qu’une seule chose : l’humour. Bubba Ho-Tep est la solution aux vulgaires films à sketchs. La réalisation, le scénario et les dialogues se mettent au service de l’humour. On attend plus qu’une chose : voir si Don Coscarelli sera capable de réitérer cette performance. Rendez-vous est pris pour un Elvis contre un Bubba-Nosferatu. Quelque chose me dit qu’on risque encore une fois de se poiler.

Par Duc de Rodenbach - Publié dans : Critiques cinéma
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