Qui c'est moi?

Jeudi 12 janvier 2006
Né à Dunkerque, grande cité qui enfanta Jean Bart et Jean-Paul Rouve, le 18 mars 1983, il compose ses premiers sonnets à l’âge de 8 ans. Ce qui lui vaut alors le surnom de Mozart du pétrarquisme. 1994 est l’année de la consécration. Sa traduction de l’Enéïde en flamand fait sensation. Et l’épisode de Didon, transposé dans cette langue, impose un tout autre éclairage sur la fondation de Carthage. Les spécialistes, d’abord scandalisés, reconnaissent la justesse de certains propos. Matthieu Deprieck s’aligne au côté des plus grands hellénistes lors de prestigieux colloques.

Le succès littéraire entraîne une surexposition médiatique et force le jeune auteur à se retirer. Direction la Papouasie-Nouvelle-Guinée. La légende raconte qu’il traverse l’île ne s’autorisant qu’à manger quelques racines. Une expérience qui change radicalement sa vision de la vie … et de la littérature. Finie la poésie précieuse ! Place au roman prolétaire, plus proche de la réalité. Il revient en France en 1996, soutient les sans-papiers de l’église Saint-Bernard et lance un vibrant appel pour leur régularisation. C’est à cette époque qu’il rencontre Emmanuelle Béart dont il devient l’ami intime.

L’appel des sirènes de la jet-set ne le détourne pas de son engagement artistique et politique. Il se rapproche des cercles élyséens, rencontre quelques décideurs français et glisse à l’oreille, sur le ton d’une boutade, à l’un d’eux de dissoudre l’Assemblée nationale. Aussitôt dit, aussitôt fait. Cette anecdote prouve l’aura dont jouit Matthieu Deprieck à l’époque. L’auteur avouera plus tard que c’est à la suite d’un pari avec des amis que cette plaisanterie lui est venue à l’esprit.

S’en suit une période de disette littéraire jusqu’à l’écriture de son troisième roman Et on entend dans les champs… Une délicate ballade contant l’amour platonique d’un éléphant pour un chimpanzé, plaidoyer pour une société plus tolérante où le droit à la différence serait enfin respecté. Nous sommes en 1999. Le jury Goncourt est conquis. Mais Matthieu Deprieck refuse le prix et transmet aux membres du plus prestigieux des prix littéraires le numéro de téléphone de Jean Echenoz. La suite est connue.

En 2002, c’est la consécration ultime. Il écrit les paroles d’une chanson pour Johnny Hallyday, chanson qui devient quelques mois plus tard l’hymne des Bleus pour la Coupe du monde au Japon et en Corée du Sud. Sa ville lui rend hommage en le nommant tambour-major du Carnaval 2003. Derrière lui se pressent des milliers de masquelours, chantant leur joie de vivre … et, pour certains, leur trop-plein de bières.

Mais toute chose a une fin. L’animateur Bernard Pivot sera malencontreusement le point de départ d’une longue descente en enfer. Lors de sa fameuse dictée, édition 2004, il participe à la grande finale et réalise plus de trente fautes. La rumeur de « nègres » travaillant pour lui court dans tout Paris. Sa réputation est ruinée.

En 2005, il songe au journalisme et intègre le Centre de Formation des Journalistes de Paris. Gainsbourg disait de la chanson qu’elle était un art mineur. Le journalisme, Matthieu Deprieck le résume « à de mauvaises frites ayant trop baignés dans l’huile de la littérature. »

Notice biographique parue dans l’édition Pléiade compilant ses œuvres complètes.
Par Duc de Rodenbach
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