Médias

Mercredi 18 janvier 2006 3 18 /01 /2006 17:12
Tout le monde aime les séries américaines. Sans savoir réellement qu'elles sont des dizaines à débarquer sur le petit écran. Et que la lutte pour survivre est âpre.

 

24 heures chrono, Desperate housewives, Lost, CSI Les experts, The L world,... Et bientôt Rome, Over there, Prison break,... Un vent de fraîcheur souffle sur la télé. Certains assurent même que les séries réveillent le cinéma ron-ron de Papa. Mais à quel prix ? Des scénaristes payés au lance-pierre, grattant des kilomètres de récit sensationnel, des décorateurs bâtissant de gigantesques décors pour parfois pas grand chose. La face cachée des séries n'est guère reluisante.

 

Parce que les producteurs et les chaînes investissent des sommes considérables dans ces produits audiovisuels (la série de HBO, Rome, bientôt diffusée par Canal+, jouit d'un budget de 100 millions de dollars soit autant que le deuxième volet du Seigneur des anneaux), ils veulent voir l'argent leur revenir. Et si les téléspectateurs ne sont pas au rendez-vous, le couperet tombe.

Exemple: Lisa Kudrow alias Phoebe dans Friends lance The comeback sur HBO. Malgré sa grande popularité, la direction de la chaîne cablée, pourtant tolérante puisque du câble, supprime le programme. Un autre exemple? Le network* CBS lance Threshold, série de science-fiction qui décrit l'invasion de notre belle planète par de méchants extra-terrestres (original). Badaboum, le programme ne convainc pas. Out après sept épisodes. Et il pourrait en être de même pour Joey, le spin-off (dérivé) de Friends, dont la diffusion est pour l'instant suspendue jusqu'à la fin des JO de Turin.

Que des programmes s'arrêtent faute d'audience, quoi de plus normal. D'autant que la rentrée des séries aux Etats-Unis (une en septembre et une moindre en janvier) est aussi chargée que notre rentrée littéraire. Mais en s'enthousiasmant de la déferlante des séries de qualité aux Etats-Unis, il ne faut pas oublier qu'il n'y a aucune pitié pour les équipes techniques. Que des scénaristes, des décorateurs, des acteurs se retrouvent au chômage !

Le malheur des uns fait le bonheur des autres.

Par Duc de Rodenbach - Publié dans : Médias
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Mercredi 1 mars 2006 3 01 /03 /2006 17:28
Qui peut mettre en scène les dérapages américains lors de la guerre du Golfe en plein scandale d’Abou Ghraib ? Des alter mondialistes acharnés ? des Français aveugles sur leur passé mais revanchards au sujet du présent des autres ? Réponse. Les Américains eux-mêmes. En l’occurrence la série Lost et plus précisément le quatorzième épisode de la deuxième saison pour l’instant inédite en France. Quarante minutes qui décrivent le quotidien des rescapés et le passé d’un personnage, Sayid, ancien officier irakien au service de Saddam Hussein.

 

L’épisode débute. Dans un bureau bombardé par les forces américaines, des soldats tentent de détruire des documents confidentiels. Rentrent en trombe les assaillants qui, dans un anglais virulent, leur ordonnent de suspendre immédiatement le saccage de leur propre caserne. Sayid, à genoux, répond à la question d’un soldat. Étonnement : « Your english is good, Abdul ! » Le voici employé comme traducteur pour l’armée américaine.

Nouveau flash-back, quelques minutes plus tard. Sayid n’est pas uniquement traducteur. Il est torturer (comprendre bourreau). Au cours d’une stupéfiante scène, où la violence est peu suggérée, Sayid torture un officier irakien, son ancien supérieur.

Non content de montrer à plus de vingt millions de téléspectateurs, la réalité de la première guerre du Golfe, les scénaristes mettent dans la bouche de leurs personnages des discours critiques. Plus tard dans l’épisode, hors flash-back, Sayid se charge d’interroger un homme capturé dans la jungle. Et naturellement le torture.

Ce qui vient relève d’un franc courage pour une grande chaîne américaine (ABC). Sayid digresse et évoque la part de cruauté que chaque homme a en lui et qu’une situation extrême peut faire ressortir. Le cynisme et la distance de son discours effraient peut-être plus que si la charge anti-Bush était clairement crachée au visage. L’histoire de Sayid montre en quoi un quidam peut devenir bourreau du jour au lendemain, sous la pression du groupe. « Je suis devenu un autre homme quand les Américains sont entrés en Irak. » En dépassant le simple parti pris polémique, la série Lost explore une éternelle question : l’homme est-il naturellement méchant ? Une question à mettre en perspective avec les événements actuels.

Par Duc de Rodenbach - Publié dans : Médias
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Dimanche 16 avril 2006 7 16 /04 /2006 13:03
Rions un peu avec Jean-Pierre Pernaut
 
Tout le monde connaît le JT de Pernaut et les plaisanteries qu’il traîne dans son sillage. Généralement, on en rit, on moque son aspect ringard sans regarder de l’autre côté du miroir. En coulisses, le rire se fait jaune jusqu’à s’effacer face à la crainte d’une information pernautisée. Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts révèle la face cachée de Jean-Pierre Pernaut.
 
Une critique du JT de Jean-Pierre Pernaut ? Facile de se moquer du savetier de Trifouillis-les-Oies. Par deux journalistes de Libération ? C’est une nouvelle fois la jalousie des intellos pour le populaire. Vous avez tout faux. La bonne soupe est bien plus que cela.
 
A lire les premiers chapitres, on a pourtant bien peur que Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts mettent « au service » de Pernaut leur humour et leur ton grinçant. Peur que La bonne soupe ne soit qu’une ribambelle de bonnes blagues que l’on se raconte entre amis. La première des quatre parties, consacrée aux principaux ingrédients du JT de 13 heures, est en fait un prétexte pour expulser toutes les aberrations de ce « journal » : l’omniprésence du terroir et du « c’était mieux avant », le combat contre la modernité, le déni de l’international, l’absence d’avis d’experts. Ce que chaque lecteur pourrait faire s’il prenait la peine d’examiner scrupuleusement le JT. Alors pourquoi payer pour un recueil de plaisanteries ?
 
D’abord parce que certains détails sont mis en lumière : l’obsession de JPP (Jean-Pierre P.) pour les commentaires en plateau, la tradition de l’ouverture du JT par la météo,… et surtout la tendance aux voix-off lyriques. Garrigos/Roberts prenant soin de retranscrire certains extraits tel celui-ci : « Tandis que, lentement, les maçons font sortir de terre le passé, à la forge toute proche la bruyante respiration du soufflet attise un feu qui ne s’éteint jamais. »
 
Attention danger
 
Derrière la moquerie, les auteurs prennent soin de décrypter le système Pernaut, en retraçant le parcours de JPP, façon de rappeler qu’il s’est installé tardivement à Paris, qu’il est passé par l’ESJ de Lille (une des écoles de journalisme les plus prestigieuses), qu’il a toujours résisté aux lumières de la jet-set, avant d’y céder l’été dernier, happé par l’affaire Nathalie Marquay-Daniel Ducruet.
 
Encore une fois il ne s’agit pas de composer une biographie de JPP. Chaque partie, chaque chapitre vise un même but : montrer en quoi « le 13 heures de TF1 contamine l’info ». Rien que ça. En suivant cette ligne, les auteurs parent la critique des supporters de JPP : « si vous n’aimez pas, vous pouvez toujours zapper ».
 
Le 13 heures est dangereux. En coulisses, les pratiques condamnables sont légion. Jean-Pierre Stucki, correspondant à Strasbourg, raconte : le jour où Le Parisien a publié ses statistiques de la délinquance, JPP lui demande de faire un reportage pour illustrer la montée de l’insécurité, la petite délinquance du quotidien. En fait de filmer dans l’unique but d’illustrer la thématique de l’insécurité. Stucki refuse et claque la porte de TF1. Ce réseau de correspondants est le terreau du 13 heures. Il instaure un rapport de clients à payeur entre les boîtes de province et la rédaction de TF1. Si bien qu’il est difficile de refuser un sujet « proposé » par JPP. Un autre jour, c’est un journaliste qui se fait remonter les bretelles. La raison ? Il a osé citer les champions olympiques étrangers avant les Français.
 
Flatter les bas instincts du spectateur
 
Avec Garrigos/Roberts, le lecteur pénètre dans les coulisses de TF1, apprend que Patrick Le Lay tient des discours aussi scandaleux que celui du temps de cerveau disponible sur ses propres journalistes (« Vous avez une carte de presse ? Les putes aussi avaient une carte »).
 
La bonne soupe n’est donc pas qu’un brûlot contre JPP. Il est aussi, et c’est flagrant dans les dernières pages, une réflexion sur le rôle de cette info sur le reste des rédactions. Garrigos/Roberts ne veulent pas diaboliser à tout prix Pernaut. Il n’est pas un réactionnaire, un raciste. Michèle Cotta témoigne : « Il est à l’écoute, il suit les Français et si les Français râlent, il râle. »
 
Quant au public, sont-ils des millions d’abrutis à suivre un journal médiocre ? Non, ils ne sont « pas des abrutis mais des otages. Appâtés, encouragés, cajolés par la vision pernautienne de l’actualité mais aussi sa vision du monde réduite à la France » expliquent les deux auteurs. Signe de ce monde imaginaire construit par Pernaut, ce reportage raconté par Garrigos/Roberts. Un reportage dans lequel JPP raconte le départ du Père Noël de Laponie sans jamais remettre en cause son existence.
 
Dans une écriture toujours aussi vive et plaisante, Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts poursuivent le travail entrepris chaque samedi dans les colonnes de Libération : divertir et se servir de cet humour pour décrypter la télé. En guise de conclusion, Garrigos/Roberts nous livrent les réflexions pertinentes de Philipe Lefait, présentateur Des Mots de minuit sur France 2 : le 13 heures de TF1 « est une réponse, inconsciente ou non, à la peur de l’autre et de l’inconnu. […] On conforte le spectateur dans ce qu’il sait déjà. »
 
Une fois La bonne soupe avalée, Jean-Pierre Pernaut vous fera, assurément, beaucoup moins rire. Car derrière le savetier de Trifoullis-les-Oies sommeille une nouvelle ère de l’information. Une information qui flatte les plus bas instincts au mépris de la réflexion.
 
 
La bonne soupe, Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts, Edition Les Arènes, 17,80 euros (disponible partout, même dans les petits villages qui sentent bon le vieux temps)
Par Matthieu Deprieck - Publié dans : Médias
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