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Jeudi 19 janvier 2006
portrait de Gustave de Kervern

À 43 ans, Gustave Kervern, de Kervern pour l’état civil grolandais, cherche à réveiller une France endormie.

L’Internationale sera peut-être un jour le genre humain. C’est ce qu’espère Gustave Kervern. Mais pour lui, dans ce rêve, point de prolétaires et de bourgeois. Son Internationale regroupe « des gens qui ont un grain de folie, un peu décalés dans le bon sens du terme. » Une Internationale qu’il se réjouit de construire au fil des rencontres. Cet été, en compagnie de son compère grolandais Benoît Delépine, Gustave Kervern tournait son deuxième film, Avida. Lors d’une scène filmée près du Tréport (Pas-de-Calais), une jeune femme s’approche de l’équipe et tend un recueil de poésies. Au fil de la discussion, l’inconnue leur apprend que son petit ami est musicien. Résultat : la jeune femme décroche un stage à Groland, son compagnon voit deux de ses morceaux intégrer la bande originale du film. Parce qu’ils avaient « ce grain de folie qu’on recherche chez tout le monde. »

« Un clodo au pays des rois »

Gus, comme on le surnomme, apprécie les rencontres fortuites. Et construit sa vie ainsi. Né à l’île Maurice, il revient en France, décroche un diplôme de commerce et commence à travailler dans une papeterie, à Nice. Loin du milieu de la télévision. Si loin qu’il décide de tout plaquer et de monter à Paris « comme, pour tout provincial, décrocher un boulot ». Malgré son diplôme, « il galère comme un âne », voyage, un mois en Thaïlande, deux mois à l’Ile Maurice. Après un petit boulot dans l’informatique, il participe à Avis de recherche, une émission présentée par Patrick Sabatier, se fait virer et enchaîne les expériences à la radio (Europe 2) et à la télé (TF1, Canal+ et Free One, une chaîne créée par Ardisson). Avec Arthur, pour qui il a travaillé, il descend à Cannes et rencontre Moustic et Benoît Delépine, les piliers de Groland.

Aujourd’hui, Gustave Kervern participe à l’émission satirique de Canal+, tous les samedis. Il a co-réalisé Altraa, « un road-movie en chaise roulante » salué par la critique, et bien accueilli par le public malgré son budget « super ridicule ». Et s’apprête à sortir Avida, toujours tourné avec son compère grolandais Benoît Delépine. Un aboutissement pour lui.

On pourrait pourtant croire à un échec. Il a côtoyé au cours de ses multiples boulots Thierry Ardisson, Patrick Sabatier, Arthur, Dominique Farrugia, Philippe Bouvard. Et pourtant il n’est ni producteur, ni animateur. Juste chroniqueur. Pour lui, « un bonheur absolu ». Gustave Kervern paraît bien plus à l’aise quand des millions de spectateurs ou d’euros ne sont pas en jeu. Benoît Delépine le qualifie « d’ours » qui peut effrayer par sa réserve. « Gus est très timide. L’alcool l’a aidé à surmonter celle-ci. Mais il a fait beaucoup d’efforts ! » confirme Nathalie Monnet, assistante de production à Groland.

Son mariage, son rôle de père l’ont encouragé à quitter la bouteille. Groland perdrait-il de sa folie ? Non. « J’ai montré suffisamment mon cul pour arrêter maintenant » affirme-t-il. Gustave Kervern maintient le cap, « essaye d’être plus cynique que le cynisme actuel », conserve un discours « trash politiquement et visuellement, par des gros mots et de l’humour pipi-caca. »

Au sein de Canal+, l’équipe jouit d’une liberté de ton inexistante sur les autres chaînes. Benoît Delépine confirme : « On dit tout ce que l’on veut. Il y a bien des sketchs sur lesquels intervient la chaîne. Mais rien qui ne change le contenu. »

Avec sa barbe plus que naissante, ses cheveux ébouriffés, son visage bourru, Gustave Kervern possède quelques attributs du clochard. Lui-même parle, au sujet de son passage éclair à TF1, d’un « clodo au pays des rois ». Mais derrière cette apparence se cache un observateur de l’actualité et du genre humain. « On passe beaucoup de temps à analyser les événements, on lit beaucoup pour trouver les idées. Ce n’est peut-être pas un travail de journaliste mais un travail de sociologue sûrement. On passe du temps à analyser les travers des gens » explique-t-il. Gustave Kervern se définit comme un « parano de l’information », toujours à vérifier ce que les journalistes établissent comme des vérités. Pour exemple, il ouvre le Libération posé à côté de lui, à une page parlant de l’histoire de Corneille. Il regrette que personne ne s’autorise à vérifier si la famille du chanteur a bien été décimée durant le génocide. Groland ne connaît pas la bien-pensance. Ont-ils des limites ? « Non ce sont les autres qui en ont. » Il semble regretter qu’au sein de son Internationale, il n’y ait plus grand monde.

Solution pour une France sclérosée ?

Groland, le pays imaginaire que ses collègues Moustic et Benoît Delépine ont créé, sorte de France d’en bas, est le pendant d’une France sclérosée. « La France est en bout de course, à bout de souffle. Dans les bars, il n’y a plus que des musées Grévin plus personne ne s’amuse » observe-t-il. Aujourd’hui, Groland, c’est la Belgique. Un pays où les gens sont encore « facétieux ». Un pays où les gens sont « encore capables de faire des grosses conneries gratuitement sans avoir peur de paraître ridicules ».

Alors pour nous sauver, pauvres Français, Groland pourrait bien prendre le pouvoir. Depuis une quinzaine d’années, cinq ans pour Gustave Kervern, Groland envahit la France et tente de répandre son humour sans concession. Le président du pays a ouvert une ambassade grolandaise à Montmartre, inauguration prétexte à une fête dans les rues du quartier parisien. La petite ville de Quend, dans la Somme, a accueilli un festival de musique et de cinéma. Et les Français sont conquis par ce vent de liberté. La mairie de Quend se dit « ravie de cette manifestation qui a permis de placer la ville sur le devant de la scène ». Elle a déjà donné son accord pour l’organisation d’une deuxième édition. Bientôt, on pourrait assister à l’ouverture d’un centre culturel grolandais. Dans un bar. Groland poursuit son avancée en territoire français pour libérer le pays de la politique consensuelle. Plein de lyrisme, on se prend à rêver d’une France donnée aux grolandais.

Pourtant, Gustave Kervern n’a rien d’un leader révolutionnaire, tant il « n’arrive pas à faire des trucs de groupe ». Il regrette de ne pouvoir s’impliquer parce que tous ces débats manquent d’humour. Benoît Delépine se rend bien aux réunions d’Attac, mais se « fait chier ».

Le sauveur pourrait être José Bové. Une des quelques personnes qui trouvent grâce aux yeux de l’équipe de Groland parce que « c’est un mec qui a toujours été dans sa ligne de conduite et de pensée et qui n’en démordra jamais ». Si l’homme se présente en 2007, l’émission fera ouvertement campagne pour lui, affirme Gustave Kervern. Ce sera le moment de s’exclamer : « Paumés et oubliés de tous les pays, unissez-vous ! »

Par Duc de Rodenbach
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Jeudi 19 janvier 2006
Hier, entre 3 000 et 8 000 hospitaliers ont défilé à Paris pour réclamer une hausse du budget consacré aux hôpitaux publics

Les manifestants se divertissent sur le manège en bois au pied de la Tour Montparnasse, plaisantent, font jouer cornes de brume et klaxons. Mais lorsqu’il s’agit d’évoquer les raisons de leur présence ici, les visages se ferment. Pour Jean-Claude Châtelain, aide-soignant à l’hôpital de Lens (Pas-de-Calais) et syndicaliste CGT, « la mission de service public des hôpitaux risque de disparaître. Nous allons vers une médecine à deux vitesses. » D’autant que « personne n’a prévu le papy boom, quel que soit le gouvernement. »

Alors, à l’appel des syndicats Sud et CGT, quelque 3000 hospitaliers, selon la Police, se sont réunis pour rejoindre le Ministère du Travail. Au fil du défilé, les inquiétudes s’empilent. Et l’urgentiste Patrick Pelloux les résume : « Aujourd’hui, on prépare l’hôpital de demain, celui qui, dans dix ans, affrontera le vieillissement de la population. » Pour le président de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France (AMUHF), l’arrivée probable de la grippe aviaire met en lumière toutes ces failles. Si le virus H5/N1 s’abattait demain sur le pays, les masques et les anti-viraux ne parviendraient pas à combler le manque de personnels et de lits. Des lits, « 100 000 ont été supprimés depuis quinze ans ».

Alors quel visage pour l’hôpital de 2015 ? « Lorsque j’étais interne, on demandait aux malades leur carte de Sécu. Aujourd’hui, on leur demande s’ils disposent d’une bonne mutuelle. (…) Nous tendons vers un modèle américain » répond Patrick Pelloux. Un modèle dans lequel chaque patient devrait payer ses soins.

Le projet de loi de financement de la sécurité sociale, présenté par Xavier Bertrand le 12 octobre dernier, est interprété dans ce sens par les manifestants. Jean-Michel Benazerak, militant à la LCR et urgentiste en région parisienne, évoque la Tarification à l’Activité (TAA). Cette mesure prévoit de rétribuer les établissements en fonction des opérations effectuées. « Les hôpitaux sont forcés d’abandonner les pathologies peu rentables. Une appendicite aiguë nécessite trois jours d’hospitalisation. Dans ce cas, l’hôpital reçoit le prix de l’opération mais n’est pas rétribué pour le séjour. Or, le service public implique que l’on ne choisisse pas les patients et les opérations. Ce que peuvent faire les cliniques privées. » Les salariés exigent donc « des mesures sur la santé et l’action sociale » comme l’indique la banderole qui ouvre le cortège. Des moyens humains et financiers pour que les hôpitaux puissent accomplir la tâche qui est la leur : « soigner le Président de la République comme le SDF » résume un syndicaliste. Le gouvernement a bien accepté d’augmenter le budget des hôpitaux de 3,44% mais pour la Fédération hospitalière de France, 4,32% serait le minimum.

En tout cas, les manifestants avaient rempli un de leurs objectifs : se faire entendre. Les détonations des pétards et les notes saturées de l’Internationale ont résonné jusqu’au bureau du Ministre de la Santé qui a accepté de recevoir une délégation de cadres. En attendant, quelques-uns attrapaient des cannettes de bières entreposées dans un cercueil symbolique. Voudraient-ils le vider pour déjà y installer la dépouille de la Santé publique française ?

Par Duc de Rodenbach
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Vendredi 20 janvier 2006
La séance de questions au gouvernement, hier, a vu les députés s’affronter au sujet des aides pour l’accès aux restaurants scolaires.

La cantine scolaire déchaîne les passions. En pleine bataille UMP-UMP sur la décision d’organiser des primaires pour 2007, c’est un tout autre sujet qui a secoué la représentation nationale. L’hémicycle a résonné d’accents hugoliens lorsque le socialiste Patrick Roy a clamé haut et fort : « Les élèves de France vont avoir faim ». Non ! la famine n’a pas encore frappé la France. En revanche, l’éducation nationale a bel et bien revu à la baisse les aides attribuées aux établissements propriétaires d’une cantine scolaire. D’où grosse colère de M. Roy.

Passe d’armes

La tornade socialiste a emporté, en préambule, Dominique de Villepin. « Monsieur le Premier ministre, vous avez assisté hier au lancement de la campagne des Restos du cœur dans un centre parisien. Vous voudriez ainsi nous faire croire que vous seriez sensible à la montée de la pauvreté » a-t-il tonné. Avant de moquer la « larme, la petite larme versée » par le gouvernement sur le sujet. Tollé sur les bancs de la majorité. Et ce n’est que d’une intervention pleine d’autorité que Jean-Louis Debré rétablit le calme : « Arrêtez de vous conduire comme des gamins ». Un calme maintenu jusqu’à la pointe finale de Patrick Roy : « Allez-vous revenir sur cette décision injuste et permettre à nouveau à tous les enfants de France de déjeuner le midi ? » Les députés UMP rouges de colère trépignent sur leurs bancs et attendent l’intervention de leur chevalier blanc, Gilles de Robien.

Rétention de subventions

« La démocratie exige la vérité et vous ne l’avez pas dite » s’est exclamé le ministre de l’Education nationale. 1 partout. Balle au centre. La vérité donc sort de la bouche du ministre. Un rapport de la Cour des comptes affirme que les fonds sociaux alloués aux établissements (pour permettre à des familles défavorisées d’envoyer leurs enfants à la cantine) sont parfois mal utilisés. Certaines écoles font de « la rétention d’aides (…) Les rapporteurs du Sénat et de l’Assemblée nationale ont estimé ces réserves à 48 millions d’euros au début de l’année 2005 » a juré Gilles de Robien alors que la bronca agitait encore les bancs de l’Assemblée. Le gouvernement a donc, pour l’instant, décidé d’une redistribution de ces aides. Redistribution qui exclut certains établissements, notamment à Lens (Pas-de-Calais), où des parents d’élèves ont manifesté.

La cantine avait fourni à Pierre Perret une chanson. Hier après-midi, elle a permis aux députés de s’offrir une belle passe d’arme.

Par Duc de Rodenbach
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Vendredi 20 janvier 2006
Nouvelle étape en banlieue

 

Aux Tarterêts, Nicolas Sarkozy mêle fermeté et prévention pour convaincre la population du bien-fondé de sa politique

 

Un quartier réputé difficile, des habitants excédés et un sentiment d’abandon. En visite aux Tarterêts, une commune de 11000 habitants au cœur de Corbeil-Essonnes (Essonne), le ministre de l’Intérieur se rassure et foule un terrain qu’il connaît bien. Visiblement à l’aise malgré les insultes lancées par quelques jeunes du quartier, Nicolas Sarkozy s’est voulu moins provocateur que lors de sa visite à La Courneuve, en Juin dernier. À cette occasion, il avait déclaré vouloir nettoyer la cité des 4000 « au Kärcher. »

 

Coupure d’eau

Aux Tarterêts, les habitants n’attendent pas de Nicolas Sarkozy qu’il use de son Kärcher. D’autant que l’eau est une denrée rare. Le week-end dernier, une coupure a privé tout le quartier d’eau. Cet incident a suffi à raviver le mécontentement des habitants. « L’Etat ne fait rien pour nous. Et ce n’est pas une simple visite spectacle qui changera les choses » s’exclame Karim, un éducateur du quartier. Ici, tout le monde s’accorde à dire que Les Tarterêts ont été abandonnés par les pouvoirs publics.

C’est dans cette optique que Nicolas Sarkozy s’est d’abord rendu dans un pôle de services publics réunissant la mairie, la Caisse d’Allocations Familiales, la crèche et la Poste. Il a ainsi tenu à souligner que « l’Etat se devait d’être présent dans chacune des communes françaises, dans la moindre rue, dans le moindre quartier. » Il a ensuite rencontré les enseignants et les acteurs de la prévention. Serrant la main de militants associatifs, d’élus (le maire UMP Serge Dassault en tête) et de professeurs, le ministre s’est efforcé de paraître disponible.

Jeu de mots

Certains habitants ne sont pourtant pas dupes. Accrochée à un balcon, une banderole évoque la découverte la semaine dernière d’un dinosaure nommé « bruitréraptor ». Et moque le spectacle de Nicolas Sarkozy : « Non au BRUITéraptor ! Oui à l’action ! » De l’action, le locataire de la place Beauvau promet qu’il y en aura. Après avoir échangé quelques amabilités avec les habitants, il rappelle que cette visite s’inscrit dans le cadre d’un projet de loi sur la prévention de la délinquance qui pourrait voir le jour avant la fin de l’année. «Lorsque j’apprends qu’un trafic de voitures est démantelé et que les forces de l’ordre retrouvent le cerveau de l’opération ici même, je me dis que cette visite n’est pas tout à fait inutile. Il est intolérable qu’au sein de la République Française, certains citoyens aient peur de retrouver leur voiture calcinée le matin, tôt, avant de partir au travail. »

Pirouette.

Quelques applaudissements ont clôturé la leçon de volonté du ministre. Applaudissements dont il n’a que peu profité préférant s’éclipser. Et ainsi éviter les (nombreux) sujets qui fâchent : soucis conjugaux, rivalités politiques, problèmes de migraine,… Assez de matière pour en faire un épais roman d’amour et d’aventure : Le Mariage de Figaro. Aujourd’hui entre le ministre et la banlieue, c’était plutôt Le Bruit et la fureur.

Par Duc de Rodenbach
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Lundi 27 février 2006
Les Cougars de Saint-Ouen montrent les crocs

 

Alors que les pros américains clôturent leur saison dimanche –France 2 diffuse le Superbowl dans la nuit de dimanche à lundi- les équipes françaises entament le championnat français le 12 février. Les Cougars, tout comme l’ensemble du foot US français, confirment leur montée en puissance.

De l’énergie à revendre

Au départ, en 1989, un jeune de 17 ans réunit six potes. Leur trésor de guerre est mince : un casque, deux épaulières. Ils placardent dans les rues de la ville des affiches invitant les sportifs à les rejoindre. S’en suit une saison probatoire imposée par la fédération française de football américain (qui comptabilise 5000 pratiquants). Aujourd’hui, les Cougars de Saint-Ouen entament leur sixième saison au sein de l’élite française et défient des équipes aux appellations pittoresques : les Molosses d’Asnières, les Anges bleus de Joinville, et les superstars des Flashs de La Courneuve, champion de France en titre.

Certes, le budget reste dérisoire. Tous les joueurs (l’équipe en compte 43, utilisés à chaque rencontre) sont amateurs et seuls les deux étrangers, un Canadien et un Américain, reçoivent des indemnités (600 euros par mois) loin des salaires des stars de la NFL, le championnat US (plusieurs millions de dollars). Xavier Masse, joueur et entraîneur, souligne que l’équipe tourne sans aucun sponsor. Le budget du club, 115 000 euros (cinq fois moins que celui des Flashs de La Courneuve), est constitué à 50% des aides attribuées par les collectivités locales, le reste étant couvert par le merchandising, la location d’équipements et la cotisation des membres.

Sans argent, les Cougars de Saint-Ouen fonctionnent à l’envie de gagner, grâce à la passion de chacun. Xavier Masse est dingue de ce sport depuis près de quinze ans. À l’époque, pour lui, le football se pratique avec un ballon rond. Jusqu’au jour où son entraîneur lui demande de « ne pas gagner un match ». Refus. Il quitte les magouilles du foot pour, sur les conseils d’une amie, enfiler le costume du joueur de football américain. Consacrer sa vie à ce sport n’était pas gagné. Durant le match auquel il assiste pour la première fois, deux joueurs sortent sur civière. Xavier comprend que pour aimer ce football il faut avant tout aimer prendre des coups…ou en donner. « Prendre des boîtes, c’est fun » sourit-il.

L’art de la guerre

« C’est une guerre de tous les instants » prévient Mike, le quaterback canadien des Cougars. « Comme dans une guerre, c’est l’effort de chacun qui permet d’avancer sur le terrain ». Chochottes s’abstenir ! William, dont le rôle revient à éparpiller façon puzzle l’attaque adverse, confirme : « Il faut parfois oublier son cerveau ». Les bruits des protections qui s’entrechoquent impressionnent. Et parfois, ce n’est pas la protection qui craque… « Pour la première fois en France, l’année dernière, un joueur est mort. Auparavant, il avait déjà eu une commotion cérébrale. Après un choc, ce fut la rupture d’anévrisme. » raconte Xavier Masse. « C’est la vie. » Pour celui qui entraîne également une partie des joueurs de l’équipe de France, il faut oublier son cerveau mais surtout « le neurone douleur ».

Ce qui sépare le foot US du combat de rue, c’est l’aspect collectif et tactique. Pour les trois joueurs des Cougars de Saint-Ouen, la cohésion de l’équipe est déterminante. « C’est un véritable engrenage » note Xavier. Un engrenage qui lie tous les secteurs du jeu. Le football américain, aussi étrange que cela puisse paraître, est un mélange de castagne et d’échecs. Il faut bouger chaque pion soigneusement pour lentement progresser jusqu’à l’en-but. Chaque coup porté relève de la guerre psychologique et dit à l’adversaire : « on ne passe pas ». Ou : « j’ai pas mal ».

Les plaquages spectaculaires, les pirouettes aériennes après un franc contact font partie du décorum, au même titre que les blousons siglés cougars que portent William et Xavier, que la sono qui crache ses décibels aux arrêts de jeu, que les pom-pom girls qui divertissent les 400 spectateurs, au stade. Pour que le show soit complet manque la médiatisation. Les joueurs français, médaillés de bronze aux derniers World Games, sorte de championnat du monde, attendent d’être mis en lumière. Leurs collègues américains auront en tout cas les honneurs de la télévision française. Dimanche 5 février, dans la nuit, France 2 diffusera en direct le Superbowl, la finale du championnat américain. Chic alors, ça va castagner à la télé !

Par Duc de Rodenbach
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