Malgré tout le confort que le cinéma numérique peut apporter, le monde du septième art reste sceptique. En jeu, le coût du renouvellement des projecteurs et la protection des œuvres.
Une nouvelle ère pour le cinéma. C’est ainsi que les amoureux des nouvelles technologies définissent l’arrivée du numérique dans les salles obscures françaises, nous promettant un confort visuel et sonore prodigieux. Imaginez. Vous êtes confortablement installé devant un écran de 50 mètres de large et vous regardez le DVD de votre film préféré. Qu’attendons-nous ? Embarquons dans l’ère du numérique !
Pour l’addition, voyez avec les spectateurs
Derrière les promesses faites par les distributeurs et les grands studios de cinéma, de nombreux problèmes se présentent. Premier d’entre eux : qui supportera le coût de la révolution ? Car, pour projeter un film en qualité numérique, il faut bien évidemment acquérir un projecteur numérique et un serveur pour stocker les copies des long-métrages. Selon un rapport du Sénat daté de mai 2003, « un équipement performant reviendrait à 200 000 euros : 150 000 euros pour le projecteur et 50 000 euros pour le serveur. » Les sénateurs de conclure : « l’investissement à consentir par les exploitants reste donc, pour le moment, très élevé. » Et même si le coût du matériel a sensiblement baissé, le numérique reste une exception. Pour preuve : une vingtaine de salles (seulement) en France bénéficient du nec plus ultra. Une centaine dans toute l’Europe, autant que pour les Etats-Unis.
Si les Américains se sont jetés les premiers dans la bataille, c’est que les grands studios en avait assez de dépenser des milliers de dollars tous les ans pour développer le film et le distribuer. On estime que les majors dépensent chaque année environ 1,2 milliard de dollars pour le tirage et l’acheminement des bobines. Le numérique réduirait considérablement ces coûts. Et qui dit réduction des coûts, dit augmentation des profits. Les gérants de salles ont bien compris cela. Et refusent de payer pour un changement d’équipement dont ils ne bénéficieront pas directement. Dans cette partie de ping-pong entre exploitants et distributeurs, la première victime risque bien d’être le spectateur. Une taxe sur le billet d’entrée d’environ un euro pourrait servir à financer la coûteuse transition du cinéma français.
Un cadeau aux pirates
Autre frein à l’expansion du numérique, la protection des œuvres. Avec le numérique, les copies n’emprunteront plus les routes françaises pour se rendre dans les salles de nos belles provinces. Les données navigueront sur les autoroutes d’Internet. Avec le risque d’être pris dans une embuscade. Pour résoudre ce problème, les constructeurs ont pensé à tout. Les fichiers seront cryptés avant l’envoi, ce qui rendra le film illisible. Le principe s’apparente à celui utilisé par Canal+. Quand on sait que des milliers de décodeurs pirates fonctionnent à l’heure actuelle, il convient de s’inquiéter.
Et puis, à l’heure où l’on tape sur les doigts des internautes français, les criminalisant pour une pratique devenue courante, on transporte devant leur nez des films encore inédits en salle. Ridicule !
Pour l’heure, ce sont surtout les distributeurs qui poussent le cinéma français à accepter le numérique. Logique puisque cette révolution leur profitera directement. Les exploitants, producteurs et artistes n’ont pas encore l’air prêt. Témoin le tollé suscité par la décision de Steven Soderbergh de sortir son prochain film Bubble à la fois sur grand écran et en copie numérique, accessible sur Internet moyennant quelques dollars.
A Hollywood, pour une fois, le happy end n'est pas garanti.