Archives Le Quotidien du cinéma

Lundi 9 janvier 2006
Boudons Boudu !
 

Boudu est aussi plat que la ligne de mon encéphalogramme à la sortie du film. Gérard Jugnot, fort de ses succès précédents, parmi lesquels Les Choristes et Monsieur Battignole, s’attaque au Cinéma, le vrai, en signant le remake du film de Renoir, Boudu, sauvé des eaux. L’histoire est simple : un propriétaire de galerie d’art (Gérard Jugnot) repêche un SDF (Gérard Depardieu) qui tente de se noyer dans le canal du Midi. Un peu forcé par son assistante, il l’accueille dans sa maison et malgré la présence de sa femme (Catherine Frot) en pleine convalescence. Mais, le SDF s’avère vite être un sans-gêne total.

Les cinéphiles crient déjà au scandale, arguant que Jugnot ferait bien de se contenter du cinéma de télévision sans empiéter sur le terrain artistique dont Renoir est un des meilleurs représentants. Après des Choristes dégoulinant de tendresse et de moralité, on pouvait s’attendre au pire. Et pourtant, il faut reconnaître que l’entrée en matière est plutôt réussie. Toutes les situations inhérentes à ce schéma déjà éculé, qu’est l’entrée d’un rustre dans une famille bourgeoise, sont exploitées. Les rires sont nombreux et Depardieu, s’autoparodiant en alcoolique grossier, amuse. Mais Jugnot a pensé qu’une succession de gags pouvait faire un film et il s’est lourdement trompé. Car le film est plat dans tous les sens du terme : aucun scénario, aucune évolution dans les personnages et surtout aucun nœud dramatique qui puisse faire naître chez le spectateur une quelconque envie de voir Boudu jusqu’au bout. Les situations invraisemblables, à la limite du grotesque ne relèvent jamais la platitude d’un tel film. Jugnot s’embourbe dans une longue série de situations cocasses qui ne se valent pas plus les unes que les autres. L’attrait dramatique (entendre drame au sens de « marche de l’action ») du film se résume en une dizaine de minutes, trop tard pour nous sortir d’un énervement au bord de la grosse crise de nerf.

Reste les acteurs qui soutiennent le film comme ils peuvent. Gérard Depardieu retombe dans les travers des Anges Gardiens, appelant ses camarades « Ma poule » et rotant et pétant à tout bout de champ. Ses marques de grossièreté sont aussi nombreuses que ses repas gargantuesques et bien arrosés. N’y aurait-il pas une clause dans tous ses contrats qui spécifie que son personnage doit manger et boire tout au long du film ? Quant à Jugnot, le rôle du méchant au cœur tendre est épuisé depuis déjà longtemps. Catherine Frot, quant à elle, s’en sort plutôt bien mais incarne à nouveau le rôle d’une épouse disjonctée et délicieusement timbrée. Elle est peut-être la seule touche de profondeur d’un tableau remarquable de banalité et de lourdeur.

Le plus déplorable dans ce film reste la morale. Une idée, une seule : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé. » Le ton chrétien de cette formule résume à lui seul le personnage de Coralie, secrétaire de Jugnot, chrétienne pratiquante qui s’est fait le vœu de ne pas coucher avant le mariage. Aidons les personnes dans le besoin. Car même si elles paraissent folles, sales, mal éduquées, au fond d’elles bat un petit cœur. Idée louable mais le cinéma a-t-il besoin d’un second Téléthon ? Le film suinte le bon sentiment et pas question de soulever le moindre carré de ciel noir sur ce beau tableau en forme de carte postale signée « Bons baisers de Provence. » Evidemment, le ciel est toujours azur, les cigales chantent, la galerie d’art se trouve sur une petite place autour d’une fontaine, le marché propose des tas de légumes aux couleurs chatoyantes. Mais où est passé le pain sentant l’huile d’olive ? Alors que Boudu se déroule dans notre époque – puisque Boudu regarde Qui veut gagner des millions ?, un petit coucou à TF1 qui finance le film-, tous ces paysages sentent le bon vieux temps que nous regrettons tous.

Jugnot nous resserre la nostalgie des années 1950 et la mâtine de moralité. Assez pour nous faire détester un film qui n’avait pas besoin de cela, la faiblesse du scénario suffisant amplement. Si cette critique est si cruelle, c’est que Jugnot semble prendre les spectateurs pour des ânes en voulant leur servir du divertissement et du populaire, selon ces mots. Mais, faut-il servir aux gens de telles crétineries pour obtenir leur adhésion ? La qualité n’est elle réservée qu’aux films kazakhs non sous-titrés ? M. Jugnot, apprenez que les gens peuvent passer un moment agréable sans qu’on leur administre un film écrit en vingt minutes ! Du réalisateur on préférera donc Une époque formidable.

Enfin, si je parais si dur, c’est que je sais que ce film fonctionnera grâce à la campagne quasi-militaire de promotion et l’armada des fans des Choristes. Beurk !


Par Matthieu Deprieck
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Mercredi 11 janvier 2006

Un amour, c’est bien. Une amitié, c’est mieux ! 

 
« Je préfère qu’on reste amis ». Quelle phrase douloureuse ! Combien de belles créatures nous ont brisé le cœur par cette formule ? Pourtant, dans le premier long métrage d’Eric Toledano et Olivier Nakache, ce sont deux amis qui prononcent cette phrase, se jurant à jamais fidélité. Les amis, ce sont ici Claude Mendelbaum (Jean-Paul Rouve) et Serge (Gérard Depardieu). Claude tripote des ordinateurs à la Défense, passe son temps à jouer au rami avec des collègues de bureau et s’occupe d’une mère atteinte de la maladie d’Alzheimer (Annie Girardot). Autant dire que des femmes, Claude n’en voit pas beaucoup. Par l’intermédiaire d’un mariage et d’un ami, Claude est invité à rencontrer une agence matrimoniale des plus étranges mais aussi et surtout Serge, un célibataire d’une cinquantaine d’années. Ils se mettent tous les deux en quête de LA femme.

Le film semble emprunter les chemins usés de la comédie sentimentale. Pourtant, voici que l’amitié vole la vedette à l’amour. Je préfère qu’on reste ami, et tant pis si la femme n’est pas au rendez-vous. En évitant immédiatement l’allusion à l’homosexualité, les réalisateurs renouent avec la comédie entre amis digne des productions d’Yves Robert. Sauf qu’ici pas de bande, juste un duo. Si le film se déroule sans accroc majeur, c’est que le talent des deux acteurs explose face à la caméra. Alors que la santé comique de Depardieu pouvait inquiéter –il faut tout de même rappeler qu’il incarne l’un des plus grands acteurs du cinéma français, Jean-Paul Rouve confirme tous les espoirs qu’un césar pour Monsieur Batignole avait placé en lui. Hilarant, il multiplie les situations cocasses, exploitant le talent des deux réalisateurs à croquer les stéréo-types d’une vie de bureau et l’ennui de celle des vieux garçons. Bien qu’inexpérimentés, ils évoquent avec lucidité un des grands sujets de société. Le don de faire rire descend, quant à lui, directement d’une ancienne expérience de moniteur de colonies. Ainsi, la scène d’ouverture, lors d’un mariage, révèle une grande expérience dans le domaine de la fête. Bras dessus-dessous, on s’éraille la voix sur La Danse des canards, la cravate nouée autour de la tête, le verre de mousseux brandi au plus haut, jusqu’aux guirlandes de papier crépon que la cousine Stéphanie a confectionné toute l’après-midi.

Cette première scène lance les bases d’un film qui met du temps…à décevoir. Car, très vite, on se demande comment le film tiendra la longueur avec une trame narrative si mince : deux amis cherchent une femme. Une fois toutes les situations comiques inhérentes au sujet épuisées, le film perd de l’intensité, du rythme et surtout de la fluidité. Pourtant, le mérite d’Eric Toledano et Olivier Nakache est de ne pas sombrer dans le cliché suivant : une femme se glisse entre les deux amis et provoque la rupture. On craint le recours à cette ficelle mais l’amitié est bien plus forte. Elle recouvre tous les sentiments amoureux : jalousie, complicité, et même coup de foudre. Les réalisateurs parviennent à jouer avec les codes amoureux, notamment lors de la rencontre entre Claude et Serge, sans jamais rentrer dans l’équivoque sexuelle. Les deux hommes forment un couple, à part entière. Dommage tout de même que le danger de s’enfermer dans l’amitié et de tourner le dos à l’amour ne soit jamais abordé

Long métrage moyen, moyen-métrage réussi, Je préfère qu’on reste amis pourrait ne pas se cantonner au simple téléfilm. La qualité des comédiens -une nouvelle fois, Jean-Paul Rouve réalise un inouï numéro d’acteur- mérite le déplacement. D’autant plus que ce film, bien qu’il délivre un message intemporel, traite de problèmes très contemporains, pointant du doigt ces marchands d’amour qui font payer la rencontre de l’Autre. Intéressant et drôle, le film ravira les fans de comédie. Les autres cherchant l’objet de réflexion risquent d’être déçus. La comédie peine toujours à justifier un statut de film de l’année et on est encore loin du Après vous de Pierre Salvadori, drôle mais aussi surprenant et profond. Mais, au vu de la qualité de ce premier film, on est en droit d’attendre la suite avec impatience.

Une telle oeuvre a le mérite de nous faire rire et c’est déjà pas mal. Et pour une fois, les célibataires se sentiront peut-être plus heureux que le couple assis à côté d’eux et qui s’embrassent durant tout le film. Vive les amis ! (et vive les femmes, un petit peu aussi…quand même, que serions-nous sans elles ?)
Par Matthieu Deprieck
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Dimanche 19 février 2006

Harry, un sorcier qui nous veut du bien !

 

L'idole des jeunes revient sur grand écran. Et il est bien décidé à botter les fesses de Voldemort, l’ennemi de tous les gentils sorciers. Ca va castagner !


Fans du sorcier Harry, oubliez la majeure partie de ce que vous avez lu et relu. Cet épisode, intitulé Harry Potter et la coupe de feu, quatrième volet d’une série qui compte 7 tomes, resserre l’action sur le personnage principal et les obstacles qu’il doit franchir pour atteindre le grade de sorcier. Pas de coupe du monde de Quidditch (« de quoi ? » répondent les novices en Potterologie), pas de révolte des Elfes gardiens de maisons (« quésako ? ») ni de famille Weasley (« Bon sang, quelqu’un va-t-il m’expliquer de quoi il s’agit ? »).

Non, Harry Potter et la coupe de feu roule à tombeau ouvert. Pas de temps à perdre ! Il faut faire rentrer 600 pages dans 2h30 de film. Alors même si le fan de base grognera au fond de son fauteuil, il faut avouer que le défi est relevé. L’ensemble ressemble tout de même à une valise la veille d’un départ en vacances. Une fois bouclée, il ne faut plus rien y ajouter, ne plus l’ouvrir sous peine de ne plus pouvoir la refermer. Et à tout moment, elle risque de s’ouvrir et de déverser tout son contenu dans le désordre le plus complet.

L’homme assis sur la valise, garant de l’unité du film, c’est le scénariste attitré de la saga, Steve Kloves. Avec lui, Harry fonce à toute allure et tant pis pour quelques digressions qui auraient permis au spectateur de reprendre son souffle, au film de ménager une tension usée par des dizaines de cabrioles et autant de monstres effrayants...

Comme toujours donc, on peut regretter que le quotidien de Harry et ses amis ne soit pas évoqué. Là où les livres de J.K Rowling peuvent prendre leur temps, les films, eux, doivent respecter une certaine concision. Conséquence. Un film parfois brouillon mais sans aucun doute l’épisode le plus trépidant de la série, le plus dépaysant grâce à des effets spéciaux réussis et une réalisation académique et efficace.

La réalisation, c’est le britannique Mike Newell qui s’en charge. Le réalisateur de Quatre mariages et un enterrement et Donnie Brasco insuffle une toute nouvelle énergie à la saga et permet même aux sorciers de ranger baguettes et balais pour sautiller lors d’un concert rock surprenant.

Même si la promotion d’Harry Potter et la coupe de feu se fera sans aucun doute sur la noirceur de l’intrigue (en Grande-Bretagne, le film est interdit au moins de 12 ans non accompagnés, astucieux moyen de faire payer toute la petite famille), la principale force de cet opus reste l’homogénéité de l’ensemble. Peu de moments creux, de belles scènes d’émotion et un divertissement réussi. La recette parfaite pour un film de Noël.

Ce n’est pas dans Harry Potter que l’on trouvera de pertinentes analyses ou de profonds questionnements. Pas besoin de cela pour enrichir un film déjà bien dense. C’est un blockbuster comme on l’aime : ni trop bête, ni trop complexe. Ce n’est pas plus sorcier que cela !

Par Duc de Rodenbach
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Samedi 4 mars 2006

La vérité est derrière le rideau 

 

Etrange distribution pour Adorable Julia. Après avoir remporté un Golden Globe –celui de la meilleure actrice pour Annette Bening- il y a plusieurs mois et après une multi-diffusion sur les différentes chaînes du groupe Canal+ en octobre, le film d’Istvan Szabo, réalisateur hongrois, débarque dans les salles. Etonnant de voir qu’un film pourtant récompensé dans des festivals, a priori de bonne facture donc, bénéficie d’un plan de sortie anarchique.

Il faut dire que le sujet du film suinte l’ennui : Julia, actrice de renom dans le Londres des années 30, s’ennuie au côté de son mari (joué par Jeremy Irons). C’est dans les bras d’un jeune Américain, interprété par le très convaincant Shaun Evans, qu’elle retrouve un second souffle. De quoi faire un téléfilm moyen, surfant sur le succès de Shakespeare in love, et reprenant le motif de la femme prisonnière d’un monde macho et superficiel.

Eh bien non ! Dès les premières minutes, Adorable Julia emprunte un tout autre chemin. Le réalisme avec lequel est dépeint l’Angleterre de l’époque vole en éclat et sort le téléspectateur d’un film d’époque souvent ennuyeux. La réalisation d’Istvan Szabo lorgnerait même du côté du To be or not to be de Lubitsch. C’est dire.

Szabo est un vieux de la vieille. Sa première réalisation remonte aux années 1960. Rejaillissent alors les thèmes classiques du cinéma : jeux de miroir pour illustrer l’introspection menée par Julia et réflexion sur le théâtre. Le tout gravitant autour du questionnement des rapports entre fiction et réalité. Le comédien doit-il ressentir ce qu’il joue ? ment-il autant sur scène qu’en dehors ? Cette question tracassait déjà Diderot dans Le Paradoxe du comédien.

Sur le plan de la réalisation, l’académisme de Szabo a de quoi agacer. On craint le film d’époque avec dialogues ciselés, costumes pompeux et longs plans séquences fixes. On craint de voir un simple documentaire sur les années 30 avec les clichés habituels : maîtres et valets, être et paraître. Un objet d’étude pour le Bac, donc.

Mais la réalisation n’est là que pour appuyer un questionnement très contemporain, pour mettre en abyme le cinéma. Comment lutter contre la perte d’identité dans un monde qui ne jure que par l’apparence ? Comment être quelqu’un quand la qualité principale d’un comédien est d’emprunter la peau d’un autre ? « Vous jouez un rôle. Vous n’existez pas. » s’exclame le fils de Julia. Chez Lubitsch, le théâtre servait, pour des résistants, à échapper à la Gestapo. Chez Szabo, le théâtre sert de microcosme de la société. Il montre en quoi chacun trouve difficilement sa place dans un monde en perpétuelle évolution.

Adorable Julia réussit la prouesse d’intégrer d’aussi profondes questions dans une intrigue plaisante. Un rythme ni trop lent, ni trop vif emporte le spectateur jusqu’à une dernière scène parfaitement écrite où toutes les attentes du spectateur volent en éclat, où l’ingéniosité et la virtuosité de Julia éclatent au grand jour. L’énergie dégagée par cette dernière séquence justifie à elle seule le passage sur grand écran d’un énième film sur le théâtre. Et après cette démonstration, il n’y avait plus qu’une chose à attendre : le rideau !

Par Duc de Rodenbach
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Samedi 4 mars 2006

Du plomb dans l’aile

 

Que c’est beau Paris ! Ses bateaux-mouches, son Sacré-Cœur … et sa Tour Eiffel. 90 minutes de ballade dans un Paris en noir et blanc. Cela ne vous rappelle rien ? Non ? C’est que vous ne faisiez pas partie du jury qui, en juillet dernier, à Singapour, a décidé que 2012 serait une année olympique pour Londres et non pour Paris. Du dossier français ne restent que les larmes et la rancœur … et quelques chutes du film publicitaire de Luc Besson. Une fois Belmondo évincé, remplacé par Jamel Debbouze (d’accord ce n’est pas la même carrure), ces rushs ont vraisemblablement servi à bâtir un long-métrage baptisé Angel-A.

Un long en forme de visite guidée de la capitale. Lorgnant maladroitement du côté de Jeunet et de sa pouliche Amélie, Luc Besson propulse dans les airs sa caméra et donne à voir une ville charmante quoi que pittoresque.

Avec une campagne de promotion rondement menée (« je ne parle pas de mon film avant qu’il ne sorte pour laisser aux spectateurs le soin de le découvrir … mais d’un autre côté, je laisse le magazine Première balancer des « exclus » tous les mois), Besson espérait sans doute créer l’événement. Peine perdue. Angel-A mérite au mieux l’indifférence.

Après les décevantes superproductions qu’étaient Jeanne d’Arc et Le Cinquième élément, Luc Besson souhaitait revenir vers des projets plus intimistes. Louable intention. Mais, pour construire essentiellement un film sur des dialogues, il faut que les acteurs soient irréprochables et les textes pertinents. Ce n’est pas le cas. C’est rageant.

Oui, c’est rageant. Car on aimerait défendre Angel-A. Parce que Besson a trop souvent été détruit par la critique. Parce que figurent au générique un Jamel convaincant et un (toujours) épatant Gilbert Melki. Parce que l’idée de faire un film sur un scénario aussi mince est un pari intéressant. Le scénario, justement, tient en une ligne : André, petite main du crime, croule sous les dettes et survit dans un Paris contrôlé par des mafias. Il rencontre un jour la belle Angel-A.

Que ce soient l’atmosphère noire dans laquelle baigne la ville ou les délicats panoramiques sur Paris, les rares moments de lyrisme et d’enchantement d’Angel-A sont rapidement ensevelis sous une avalanche d’accrocs et de ratés :

 
-une actrice, Rie Rasmussen (dont le seul talent avait été de galocher Rebecca Romijin dans Femme Fatale de Brian de Palma) hystérique à souhait et incapable de se débarrasser d’un accent anglais à rendre jalouse Jane Birkin – finalement la véritable actrice, c’est encore la Tour Eiffel, présente dans une dizaine de séquences et nettement plus charismatique

-une incohérence totale dans les filtres de couleurs utilisés : le noir et blanc devient tantôt verdâtre, tantôt brun

-une bande-son omniprésente à tel point que les silences se dénombrent en secondes

-des dialogues d’une banalité affligeante. Florilège : « La misère est partout », « l’important, dans la beauté, c’est l’intérieur, pas l’extérieur » ou encore « tu m’as appris l’essentiel : ne pas mentir. »

 
Les ailes plombées de cet Angel-A ne porteront jamais le film jusqu’aux Cieux du 7ème art. Et le film n’égalera jamais son modèle, largement pompé par Besson : Les Ailes du désir de Wim Wenders. 

Le jury de Singapour avait, dit-on, versé une larme après la projection du film publicitaire de Besson. Après Angel-A, on verse également une larme. A la mémoire d’un réalisateur disparu. A la mémoire du père du Grand bleu, de Nikita, du Dernier combat.

 
 
Par Duc de Rodenbach
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