Archives Le Facultatif

Jeudi 23 février 2006 4 23 /02 /2006 11:40

Pirates, hissez bien haut votre pavillon !

 

« Pirater, c’est voler. Et quand on vole, il est normal qu’on ait des problèmes avec les flics » Cette phrase sort tout droit de la bouche de Pascal Nègre, directeur d’Universal. Par tant de virulence, l’industriel ne cherche pourtant pas à défendre sa « marchandise » (comprendre sa musique) mais celle du voisin. Et celle du voisin, c’est celle des labels indépendants. Une musique moins médiatisée et donc plus recherchée par les internautes.

Mais pourquoi donc les labels les plus exposés aux téléchargements ne combattent-ils pas le piratage avec autant de virulence que les majors ? Peut-être parce que leurs résultats sont en hausse. En 2003, les labels indépendants (c’est-à-dire autre que Sony Music, Universal, EMI et Warner Music) occupaient 15% du marché français. Au premier semestre 2004, ils en représentaient 17%.

Les victimes de la crise du disque (les majors) ne sont donc pas celles du piratage (les indépendants). Alors pourquoi s’attaquer avec autant de virulence aux internautes avides de téléchargement ? D’autant que la très sérieuse Harvard Business School affirme dans son dernier rapport : « Le téléchargement a un impact sur les ventes statistiquement indiscernable de zéro. »

 Les industriels tirent depuis plusieurs mois la sonnette d’alarme : leurs ventes sont en chute libre. Entre 2002 et 2003, la vente de musique enregistrée a baissé de près de 8%. Ce qu’ils ne disent pas, c’est qu’elles restent supérieures à celles de 1992, point de départ d’une envolée des ventes. Ce qu’ils ne disent pas également, c’est que la crise du milieu n’est pas forcément liée au problème du téléchargement sauvage. Pour preuve, le marché du disque, en Finlande, a progressé de 5% en 2003. Or, la Finlande fait partie des pays les plus connectés au réseau Internet.

Là où les industriels font preuve d’honnêteté, c’est qu’effectivement la situation de leur activité est inquiétante. Car les grands patrons commencent à se faire chahuter par les syndicats. Du jamais vu chez les « grands » du métier. Un à un les avantages sociaux des salariés tombent. Et bien pire : un à un, les artistes tombent également. Tricky, mort pour le profit ! Mariah Carey, morte pour le profit ! Ophélie Winter, morte pour le profit ! Le coupable est tout désigné. C’est l’internaute qui pousse l’artiste vers la porte de sortie par un simple clic.

Alors, tapons sur les doigts de l’internaute jusqu’à ce que celui-ci ne puisse plus cliquer. Mais, s’il vous plaît, ne cédez-pas aux menaces de l’ALPA (Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle) et autres groupes qui par des moyens plus ou moins honnêtes tentent de limiter la crise qui secouent les secteurs culturels. L’internaute n’est pas totalement responsable de la crise du disque. L’internaute n’est pas le souffre-douleur de Pascal Nègre et consorts. L’internaute n’est pas le jouet des industriels qui n’hésitent pas à le prendre pour un imbécile.

Oui, je suis un pirate. J’aime piller les riches bateaux qui passent trop souvent devant moi (à la télé, à la radio, sur Internet, …) et j’aime rapporter d’exotiques trésors dénichés loin des côtes cathodiques polluées par les décibels. Je vogue parfois des heures pour remonter du fond de l’océan des trésors. Pour enfin, les ramener à terre et les redistribuer à ceux qui n’ont pas eu la chance de les trouver. Pirates, hissez plus haut encore votre pavillon !
Par Matthieu Deprieck - Publié dans : Archives Le Facultatif
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Jeudi 23 février 2006 4 23 /02 /2006 11:46


P
eut-on imaginer TF1 conseiller une émission diffusée sur France2 ? Coca-Cola nous suggérer de goûter le nouveau soda concurrent ? Non ! Bien évidemment. Alors pourquoi les journaux devraient-ils jouer la carte de l’honnêteté ? Pourquoi s’étonne-t-on de cette nouvelle « affaire » du Monde ?
Le mois dernier, l’OJD (le seul organisme à donner les résultats officiels de publication des grands journaux) communiquait les derniers résultats de la presse française. Dans ce contexte, Le Monde annonce pour Le Parisien-Aujourd’hui en France une parution de 152 434 exemplaires. Une chute vertigineuse par rapport à l’année précédente qui permet au Monde de prendre la deuxième place des quotidiens les plus vendus en France.
Le lendemain, Le Parisien révèle une grossière erreur dans le système de calcul du journal. Le Monde a « malencontreusement » oublié d’additionner les résultats du Parisien (351 700 exemplaires vendus) à ceux d’Aujourd’hui en France (152 434 exemplaires). Le groupe comptabilise donc, selon l’OJD, 504 134 exemplaires vendus et redevient deuxième quotidien le plus lu en France.
Etrange méprise de la part du journal référence en matière d’information. En fait, cette « bourde » - si tant est qu’elle soit involontaire – souligne la volonté des journaux « d’enfoncer le voisin » pour redorer son blason. Alors pourquoi cette situation est-elle rageante ? Pourquoi accepte-t-on que les chaînes de télévision, que les stations de radio fassent la même chose ? Tout d’abord, parce que la presse possède une image de sérieux, qu’elle ne peut se permettre de perdre de l’énergie dans ses chamailleries dignes des cours de récré. Mais aussi parce que tous les journaux perdent leurs lecteurs. Le Figaro comptabilise 347 174 acheteurs en 2004, 20 000 de moins qu’il y a trois ans. Libération se vendait à 171 000 lecteurs en 2001 ; 15 000 ont déserté les rangs depuis. Seuls L’Equipe et L’Humanité sont en hausse.
Qui est responsable de cette érosion du lectorat français ? Copiant les industries du disque, du cinéma, de l’écriture, les grands groupes de presse s’attaquent à ceux qui font la promotion de la gratuité : Internet et les journaux tels Métro. Selon eux, ils donnent accès à l’information trop facilement et empêchent les citadins de devenir acheteurs. Pourtant, est-ce envisageable qu’un lecteur du Monde se contente de son Métro ? De même pour les autres journaux : Le Figaro ou Libération rassemblent un lectorat bien spécifique. Les gratuits, eux, se conforment à une neutralité totale.

Clouer au pilori ceux qui utilisent la gratuité n’est pas une solution ! Tout comme compter ses lecteurs et en enlever aux voisins n’est pas digne de la presse quotidienne française. La logique voudrait que l’on se montre unis dans l’adversité. Ou tout du moins que l’on se concentre sur son travail et que l’on admette que le journal ne marche pas au plus fort. Encore une fois, on préfère enterrer ce qui ont quitté le système marchand classique. Les gratuits ne sont bien sûr pas gracieusement offerts. Mais, au moins, pour s’informer le matin, il n’y a qu’à tendre la main. Alors, de grâce, que la presse quotidienne française fasse preuve de talent et d’inventivité. Elle en est capable et c’est pour cela que nous payons.
Par Matthieu Deprieck - Publié dans : Archives Le Facultatif
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Vendredi 24 février 2006 5 24 /02 /2006 22:24
Forcer n’est pas français !
 
L’école française, c’est aussi l’école de la vie. Apprenons à l’élève à être poli, à ne pas agresser son prochain, à dire bonjour, à ne pas mettre ses coudes sur la table,… La liste pourrait être longue. D’autant que l’école doit expliquer le monde, l’Humanité. Pourquoi faut-il voter ? Qu’est ce que la mondialisation ? Pourquoi telle guerre ? Et enfin, bien évidemment, le préparer aux examens, lui transmettre les connaissances nécessaires en histoire, géographie, SVT, physique, mathématiques, français,…etc.


Oui, l’école française a un problème ! Elle se bat sur des dizaines de fronts. Et pour cela impossible de dépasser les 35 heures par semaine (40 à la rigueur). Alors que faire ? Une nouvelle fois, on convoque une commission, plusieurs « spécialistes » discutent puis remettent un compte-rendu aux autorités. Ceux de la cuvée Thélot font dans la finesse sémantique comme leurs prédécesseurs. Cette discipline très en vogue dans les milieux de l’Education Nationale consiste à ne rien changer excepté les appellations. Ce qui donne : on ne dit plus « tronc commun » mais « socle commun ». Celui-ci comprend les matières déjà obligatoires aujourd’hui et qui nécessitent un regard tout particulier de la part des enseignants. On ne dit plus « Maternelle » puis « Primaire » et « Collège » mais « Cycle d’apprentissage de base » (de la grande section de maternelle au CE1), « Cycle d’approfondissement » (du CE2 à la sixième) et « Cycle de diversification ».

Cet énième rapport suit la règle générale : il faut prendre l’école française avec des pincettes, ne brusquer personne. Et pourtant, la seule solution résiderait dans le sacrifice, malheureusement. En effet, la seule porte de sortie à la « crise » que subit l’école semble être l’allégement de nos exigences. Souhaite-t-on une école qui transmet un savoir encyclopédique et de qualité ou désir-t-on qu’elle soit une base de la citoyenneté et du bien-vivre ? La question se pose et il faut trancher.

Parmi les mesures que préconise le rapport Thélot, il y en a une qui attire tout particulièrement mon attention. Elle s’attaque à un problème typiquement français : notre niveau déplorable en langues étrangères. Alors, d’accord, développons l’anglais. Et sur ce point, les sages commissionnaires ont pensé une mesure qui a fait ses preuves à l’étranger : l’obligation de sous-titrer toutes les séries anglo-saxonnes à la télévision. Fini le doublage ! Enfin, uniquement à l’heure du goûter car la proposition préconise le sous-titrage des séries en version originale entre 17h et 19h. Une demi-mesure donc qui provoque déjà bien des remous.

Impossible pour les chaînes de télévision de perdre près de 90% de leur audience - ce sont les chiffres qu’elles avancent. France 2 déclarant même que toutes les chaînes pourraient supprimer les séries anglo-saxonnes de leurs antennes s’il fallait les sous-titrer. Et cela pour continuer à battre des audiences record.

Alors oui, développons l’anglais. Continuons à l’apprendre sur des livres, totalement déconnectés de la réalité des choses. Et refusons de perdre des spectateurs au profit de l’éducation de tous. Il vaut mieux 10 millions de français ne comprenant que leur langue plutôt que 3 millions d’enfants (et d’adultes d’ailleurs) éduqués grâce à la télévision.

La commission Thélot ne doit pas se dégonfler et imposer les mesures qui lui (et qui nous) semblent justes. Les principales chaînes estiment que c’est à l’école d’effectuer ce travail d’éducation. C’est faux et archi-faux. Alors si elles ne veulent pas le comprendre, imposons-leur pour le bien de tous. N’est-ce pas l’intérêt général qui prime dans une société démocratique ?

"Eduquer, instruire, intégrer et promouvoir", c’est ainsi que M. Thélot résume son rapport. J’ai mieux : « Réfléchir, proposer, puis forcer » Hélas, forcer n’est pas français. En matière d’éducation, il le faudra bien pourtant, si l’on veut aider l’école.
Par Matthieu Deprieck - Publié dans : Archives Le Facultatif
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Lundi 17 avril 2006 1 17 /04 /2006 17:30
Le diable est parmi vous !!!

Le 17 janvier, on célébrait les 30 ans de la loi Veil. Ce qui ne signifie pas que l’avortement est un droit reconnu par tous. Au sein même du Parlement européen subsistent encore des contestataires de ce droit. Le PPE (parti de la droite européenne) a mandaté au cours d’une discussion sur l’avortement et la contraception un homme proche des Légionnaires du Christ, organisation qui prône l’abstinence et la non utilisation du préservatif. Les nouveaux puritains se cachent pour mieux agir ! 

Numéro « Spécial culture » oblige, je ne poursuivrai pas sur le terrain de la politique. Les moyens d’action de ces nouveaux puritains sont nombreux et bien dissimulés. Prenez par exemple la série 7 à la maison, diffusée par TF1. Elle déverse pendant une heure toutes les semaines une cascade d’idées puritaines : dans un épisode récent, on découvrait un enfant âgé de 14 ans partageant une bière avec deux de ses amis. Ouuuhh ! l’alcoolique, brûlez-le ! Une bière maintenant et bonjour les dégâts après. La leçon est juste mais assénée continuellement, cela devient étrange. Eh bien, il faut savoir que le gouvernement américain utilise les joyeux drilles de la famille Camden pour faire passer ses idées puritaines, notamment celle de l’abstinence.

Pire encore. Certains sites, ne faisant état d’aucune opinion particulière, distille insidieusement d’étranges idées. Ainsi, le site reversespeech.com indique que dans de nombreuses chansons, en inversant la bande, il est possible d’entendre des messages cachés. Le hasard fait que tous ces messages concernent la drogue, le sexe, Satan. Stairway to heaven est une chanson sataniste, Another one bites the dust de Queen se termine par « It’s fun to smoke marijuana » et même Britney Spears n’est pas épargné. Dans Baby one more time, la jeune vierge provocante susurre « Sleep with me, I’m not too young.” La croisade contre le rock n’est pas terminée, celle contre la modernité non plus. Le puritanisme ne s’est jamais éteint. Il est même plus dangereux qu’avant tant il agit tapi dans l’ombre, sournoisement, essayant de convaincre les téléspectateurs, les internautes avides de révélation que le monde est envahi d’individus feignant la normalité mais dissimulant le visage du diable.

Va de retro satanas ! ... Toi-même !
Par Matthieu Deprieck - Publié dans : Archives Le Facultatif
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