Pirates, hissez bien haut votre pavillon !
« Pirater, c’est voler. Et quand on vole, il est normal qu’on ait des problèmes avec les flics » Cette phrase sort tout droit de la bouche de Pascal Nègre, directeur d’Universal. Par tant de virulence, l’industriel ne cherche pourtant pas à défendre sa « marchandise » (comprendre sa musique) mais celle du voisin. Et celle du voisin, c’est celle des labels indépendants. Une musique moins médiatisée et donc plus recherchée par les internautes.
Mais pourquoi donc les labels les plus exposés aux téléchargements ne combattent-ils pas le piratage avec autant de virulence que les majors ? Peut-être parce que leurs résultats sont en hausse. En 2003, les labels indépendants (c’est-à-dire autre que Sony Music, Universal, EMI et Warner Music) occupaient 15% du marché français. Au premier semestre 2004, ils en représentaient 17%.
Les victimes de la crise du disque (les majors) ne sont donc pas celles du piratage (les indépendants). Alors pourquoi s’attaquer avec autant de virulence aux internautes avides de téléchargement ? D’autant que la très sérieuse Harvard Business School affirme dans son dernier rapport : « Le téléchargement a un impact sur les ventes statistiquement indiscernable de zéro. »
Les industriels tirent depuis plusieurs mois la sonnette d’alarme : leurs ventes sont en chute libre. Entre 2002 et 2003, la vente de musique enregistrée a baissé de près de 8%. Ce qu’ils ne disent pas, c’est qu’elles restent supérieures à celles de 1992, point de départ d’une envolée des ventes. Ce qu’ils ne disent pas également, c’est que la crise du milieu n’est pas forcément liée au problème du téléchargement sauvage. Pour preuve, le marché du disque, en Finlande, a progressé de 5% en 2003. Or, la Finlande fait partie des pays les plus connectés au réseau Internet.
Là où les industriels font preuve d’honnêteté, c’est qu’effectivement la situation de leur activité est inquiétante. Car les grands patrons commencent à se faire chahuter par les syndicats. Du jamais vu chez les « grands » du métier. Un à un les avantages sociaux des salariés tombent. Et bien pire : un à un, les artistes tombent également. Tricky, mort pour le profit ! Mariah Carey, morte pour le profit ! Ophélie Winter, morte pour le profit ! Le coupable est tout désigné. C’est l’internaute qui pousse l’artiste vers la porte de sortie par un simple clic.
Alors, tapons sur les doigts de l’internaute jusqu’à ce que celui-ci ne puisse plus cliquer. Mais, s’il vous plaît, ne cédez-pas aux menaces de l’ALPA (Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle) et autres groupes qui par des moyens plus ou moins honnêtes tentent de limiter la crise qui secouent les secteurs culturels. L’internaute n’est pas totalement responsable de la crise du disque. L’internaute n’est pas le souffre-douleur de Pascal Nègre et consorts. L’internaute n’est pas le jouet des industriels qui n’hésitent pas à le prendre pour un imbécile.
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