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Ca y est la palme a été attribuée. And the winner is… Pedro Almodovar pour Volver. Du jamais vu. Au troisième jour du festival de Cannes, la récompense suprême n’est déjà plus à briguer. C’est en tout cas ce que voudrait nous faire croire la critique réunie sur la Croisette.
Sur le plateau de la Grande émission, Michel Denisot, face à un membre du jury, Monica Bellucci, assurait vendredi soir que Volver était le lauréat attendu pour la Palme d’or. Ou du moins que Penelope Cruz allait remporter le prix d’interprétation féminine. Et qu’importe s’il reste seize films à visionner, seize films dont on ne connaît rien.
Que se passe-t-il dans la tête d’un membre du jury lorsque tout un plateau affirme, en vous regardant dans les yeux, que les jeux sont faits, obligeant l’esprit à pratiquer une gymnastique pour faire abstraction de ce pronostic ? Heureusement, les jurés sont quelques peu cabochards. Ils délibèrent le dernier jour et mettent de côté tous les bruits qui courent autour du Palais des festivals.
Oublie-t-on tout de ses erreurs passés ? L’année dernière, c’était couru. Il n’y avait plus de compétition : Broken flowers de Jim Jarmusch attendait sa Palme. Las ! le jury avait choisi, contre toute attente, L’Enfant des frères Dardenne. Et tant pis si les « observateurs » grondaient, peut-être furieux qu’une dizaine de cinéastes et d’acteurs n’aient pas suivi leur avis.
En 1999, le pronostic du tout-Cannes était une nouvelle fois déjoué par le jury de David Cronenberg. Les Dardenne gagnait leur première Palme. A l’époque, celui pour qui les critiques avaient pris fait et cause s’appelait…Pedro Almodovar.
Quoi nos gueules, qu’est-ce qu’elles ont nos gueules ?
Le cinéma français, c’est constamment la même histoire. Un couple bourgeois, trente ans de mariage, fait face à une crise existentielle. Ca papote, ça décortique les grands problèmes de nos (leurs) vies. En France, on ne sait pas faire de thrillers ou de polars américains. On a pas de De Niro, d’Al Pacino ou de Harvey Keitel.
Eh bien, si ! Nous en avons. Et Nicole Garcia, avec son dernier film, Selon Charlie, présenté samedi à Cannes, le rappelle. A voir Poelvoorde, Magimel, Bacri, Lindon, on se souvient que, oui, le cinéma français a des gueules. Et qu’il ne faut pas remonter à l’âge d’or, Ventura-Gabin-Belmondo-Delon pour trouver des héros couillus, virils, des mecs quoi !
Mais dès que Selon Charlie aura quitté les écrans (le film sort le 23 août), l’impression d’un cinéma français moribond, plat, souvent chiant, reprendra le dessus. Pourquoi le cinéma américain (le vrai, pas les guignoleries avec une comète géante fonçant sur la Terre et des héros bodybuildés) ne pourrait-il pas être français ? Patrice Leconte, membre du jury, interviewé sur Europe 1, apporte un début de réponse.
Quand les séries policières bien de chez nous filment une course poursuite avec des bagnoles françaises, c’est ridicule. Quand un Américain, Ron Howard dans Da Vinci code, le fait, c’est … tout aussi ridicule.
Incroyable la bande-annonce du prochain film d’Oliver Stone, World Trade center. Sur une cascade de violons et d’envolées lyriques, les deux tours s’effondrent au ralenti. Le chef d’un commissariat (Nicolas Cage –belle moustache !), imprégné du désir de sauver son prochain, veut constituer une équipe pour voler au secours des gens prisonniers du building : « Que ceux qui veulent m’accompagner fasse un pas en avant » Quelques secondes de silence … puis l’un d’eux s’avance : « j’en suis ». Des phrases apparaissent à l’écran : « Ce jour, ils ont choisi le Mal ».
Du cinéma pompier, du vrai. Avec des héros invincibles, mais terriblement humains. Avec de vibrants moments de bravoure. Avec une morale finale qui, sans aucun doute, condamnera ceux qui ont choisi de sournoisement frapper l’Amérique.
Les chanceux journalistes de Cannes ont pu visionner les vingt premières minutes de World trade center dimanche. L’occasion pour certains d’entre eux de faire remarquer que Cannes 2006 est décidément une édition politique, engagée, presque subversive. Rendez-vous compte deux films sur le 11/09 (United 93 de Paul Greengrass sera présenté hors-compétition vendredi). Béatrice Schönberg est tombée dans le panneau. Interrogeant Oliver Stone dans le journal de dimanche soir, elle parle de brûlot, de film politique, de documentaire. Mine hébétée de Stone. Tout juste une dramatisation du réel, répondra-t-il, conscient du caractère grandiloquent de son long-métrage.
Les réalisateurs ont parfois la tête dure. Puisqu’on leur dit que leurs œuvres sont politiquement engagées !