Cannes au jour le jour

Jeudi 18 mai 2006 4 18 /05 /2006 00:32
Da Vinci code et les marchands du temple
 
Il aura fallu d’une seule projection pour ruiner le diabolique plan marketing du Da Vinci code. Les radios, télés et quotidiens reprennent en chœur la même information : le film a été hué et moqué par la presse mondiale réunie à Cannes hier soir. Pourtant, jusqu’ici, tout se déroulait comme prévu. La réputation « sulfureuse » (Le Figaro) du sujet, la programmation de contre-enquêtes à la télé, les déclarations de l’Opus Dei,.. les épiphonèmes se sont multipliés pour grossir un torrent d’informations censé fonder le caractère subversif du Da Vinci code.
 
Le roman à succès de Dan Brown conte, comme chacun le sait, le mensonge de l’Eglise sur le véritable rôle de Marie-Madeleine. Le film, lui, conte un tout autre mensonge, un mensonge destiné à multiplier les entrées comme l’on multiplie les pains. Approchez, approchez, achetez un ticket pour l’enfer, un ticket pour l’hérésie ! Les polémiques autour du long-métrage de Ron Howard (spécialiste du film lisse, à l’opposé du pamphlet et de la logorrhée, Appolo 13 ou Cinderrela man en témoignent) n ‘étaient qu’un écran de fumée, une diversion pour détourner l’attention du public. Tous les financiers de la culture vous le diront : rien de tel qu’une bonne polémique pour gonfler un film, un livre ou une pièce.
 
Puisque le cinéma de divertissement est académique, la polémique est là pour élargir le champ. Dans l’esprit des publicitaires de la Columbia Tristar, le lieu de la projection –Cannes, temple de l’art et essai- devait créer le scandale. Cette année, point d’hyper-réalisme à la Gaspard Noé (Irréversible) ou de fellation à la Vincent Gallo (The brown bunny), le Da Vinci code aurait pu faire parler de lui. Avec comme rêve suprême une manifestation de curés devant le palais des festivals ou des spectateurs mécontents qui quittent la salle pendant la projection.
 
La piètre qualité du Da Vinci code a réduit à néant les plans de la Columbia. On parlait des inquiétudes de l’Eglise catholique. Elle n’envisage plus de se défendre contre la thèse Dan Brown tant le film suscite les moqueries. Le scandale n’aura tenu que quelques jours jusqu’à la première projection. Le miracle n’a pas eu lieu.
Par Matthieu Deprieck - Publié dans : Cannes au jour le jour
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Jeudi 18 mai 2006 4 18 /05 /2006 20:03
Après Jésus le fils turbulent, Dieu le père

Après le fils, le père ! Jésus et ses secrets (Da Vinci code) laissent leur place à un homme de 70 ans, la barbe blanche, le crâne dégarni. Dieu ? Peut-être.

Car comme lui, il promène sa sagesse, sa retenue, son humilité (à mille lieues de la débauche de publicité qui entoure le film de Ron Howard) sur la Croisette depuis une quinzaine d'années. Soit, dans le cinéma, des siècles. Une éternité durant laquelle cet homme a toujours observé ses semblables, sans les juger, pour traduire en images les débats les plus vifs, les questions les plus douloureuses, les misères les plus révoltantes. Il y a chez lui une volonté de résistance face aux effets de mode, une volonté de s'ancrer dans le présent par le fugace (un film se tourne, se montre et s'efface) et l'intemporel (par la force des situations montrées).

Pas d'effet de manche. La réalité crue, épurée, surtout sobre, n'agrippe pas le spectateur par la manche. Il le laisse s'approcher, le laisse se faire son opinion, entendre la Voix s'il veut l'entendre. Et qu'importe s'il n'est pas le seul. Des confrontations de Paroles naît un panorama complet de notre monde et de notre société.

Et puis comme Lui, il semble tellement décrié. Huit fois, il a montré ses films à Cannes sans jamais recevoir l'adoubement de ses pairs.

Car voici la principale différence. Dieu détient le pouvoir absolu. Lui se plie aux jugements de ses compatriotes.

Aujourd'hui, le jury a pu visionner Le vent se lève. Aujourd'hui, c'était le jour de Ken Loach.
Par Matthieu Deprieck - Publié dans : Cannes au jour le jour
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Samedi 20 mai 2006 6 20 /05 /2006 16:11
Les jeux sont faits
 

Ca y est la palme a été attribuée. And the winner is… Pedro Almodovar pour Volver. Du jamais vu. Au troisième jour du festival de Cannes, la récompense suprême n’est déjà plus à briguer. C’est en tout cas ce que voudrait nous faire croire la critique réunie sur la Croisette.

Sur le plateau de la Grande émission, Michel Denisot, face à un membre du jury, Monica Bellucci, assurait vendredi soir que Volver était le lauréat attendu pour la Palme d’or. Ou du moins que Penelope Cruz allait remporter le prix d’interprétation féminine. Et qu’importe s’il reste seize films à visionner, seize films dont on ne connaît rien.

Que se passe-t-il dans la tête d’un membre du jury lorsque tout un plateau affirme, en vous regardant dans les yeux, que les jeux sont faits, obligeant l’esprit à pratiquer une gymnastique pour faire abstraction de ce pronostic ? Heureusement, les jurés sont quelques peu cabochards. Ils délibèrent le dernier jour et mettent de côté tous les bruits qui courent autour du Palais des festivals.

Oublie-t-on tout de ses erreurs passés ? L’année dernière, c’était couru. Il n’y avait plus de compétition : Broken flowers de Jim Jarmusch attendait sa Palme. Las ! le jury avait choisi, contre toute attente, L’Enfant des frères Dardenne. Et tant pis si les « observateurs » grondaient, peut-être furieux qu’une dizaine de cinéastes et d’acteurs n’aient pas suivi leur avis.

En 1999, le pronostic du tout-Cannes était une nouvelle fois déjoué par le jury de David Cronenberg. Les Dardenne gagnait leur première Palme. A l’époque, celui pour qui les critiques avaient pris fait et cause s’appelait…Pedro Almodovar.

 
 
 
Par Matthieu Deprieck - Publié dans : Cannes au jour le jour
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Samedi 20 mai 2006 6 20 /05 /2006 18:01

Quoi nos gueules, qu’est-ce qu’elles ont nos gueules ?

 

Le cinéma français, c’est constamment la même histoire. Un couple bourgeois, trente ans de mariage, fait face à une crise existentielle. Ca papote, ça décortique les grands problèmes de nos (leurs) vies. En France, on ne sait pas faire de thrillers ou de polars américains. On a pas de De Niro, d’Al Pacino ou de Harvey Keitel.

Eh bien, si ! Nous en avons. Et Nicole Garcia, avec son dernier film, Selon Charlie, présenté samedi à Cannes, le rappelle. A voir Poelvoorde, Magimel, Bacri, Lindon, on se souvient que, oui, le cinéma français a des gueules. Et qu’il ne faut pas remonter à l’âge d’or, Ventura-Gabin-Belmondo-Delon pour trouver des héros couillus, virils, des mecs quoi !

Mais dès que Selon Charlie aura quitté les écrans (le film sort le 23 août), l’impression d’un cinéma français moribond, plat, souvent chiant, reprendra le dessus. Pourquoi le cinéma américain (le vrai, pas les guignoleries avec une comète géante fonçant sur la Terre et des héros bodybuildés) ne pourrait-il pas être français ? Patrice Leconte, membre du jury, interviewé sur Europe 1, apporte un début de réponse.

Quand les séries policières bien de chez nous filment une course poursuite avec des bagnoles françaises, c’est ridicule. Quand un Américain, Ron Howard dans Da Vinci code, le fait, c’est … tout aussi ridicule.

Par Matthieu Deprieck - Publié dans : Cannes au jour le jour
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Dimanche 21 mai 2006 7 21 /05 /2006 21:28
Du cinéma ? Non de la politique !
 

Incroyable la bande-annonce du prochain film d’Oliver Stone, World Trade center. Sur une cascade de violons et d’envolées lyriques, les deux tours s’effondrent au ralenti. Le chef d’un commissariat (Nicolas Cage –belle moustache !), imprégné du désir de sauver son prochain, veut constituer une équipe pour voler au secours des gens prisonniers du building : « Que ceux qui veulent m’accompagner fasse un pas en avant » Quelques secondes de silence … puis l’un d’eux s’avance : « j’en suis ». Des phrases apparaissent à l’écran : « Ce jour, ils ont choisi le Mal ».

 

Du cinéma pompier, du vrai. Avec des héros invincibles, mais terriblement humains. Avec de vibrants moments de bravoure. Avec une morale finale qui, sans aucun doute, condamnera ceux qui ont choisi de sournoisement frapper l’Amérique.

 

Les chanceux journalistes de Cannes ont pu visionner les vingt premières minutes de World trade center dimanche. L’occasion pour certains d’entre eux de faire remarquer que Cannes 2006 est décidément une édition politique, engagée, presque subversive. Rendez-vous compte deux films sur le 11/09 (United 93 de Paul Greengrass sera présenté hors-compétition vendredi). Béatrice Schönberg est tombée dans le panneau. Interrogeant Oliver Stone dans le journal de dimanche soir, elle parle de brûlot, de film politique, de documentaire. Mine hébétée de Stone. Tout juste une dramatisation du réel, répondra-t-il, conscient du caractère grandiloquent de son long-métrage.

 

Les réalisateurs ont parfois la tête dure. Puisqu’on leur dit que leurs œuvres sont politiquement engagées !

Par Matthieu Deprieck - Publié dans : Cannes au jour le jour
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