Vendredi 27 octobre 2006
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18:33
L'adaptation peut parfois être une épreuve à s'arracher les cheveux. Ci-dessous le texte reçu tel quel puis la version éditée.
publié par le Magyar Hírlap, Budapest
Tous à la manif !
Les droits d’inscription à la fac ne sont ni équitables, ni justes et n’améliorent nullement l’égalité des chances, s’insurge un journal de Budapest.
publié par le Magyar Hírlap, Budapest
Ma sœur a tranché : s’il y a une manif contre les droits d’inscription à la fac, elle en sera. Elle avait pour cela deux raisons évidentes. Primo : en tant qu’étudiante de première année, elle y avait sa place. Car, selon Mariann, la manifestation fait partie intégrante de la vie estudiantine, c’est comme soigner la gueule de bois avec une bière légère, comme les partiels de rattrapage ou la colonie des bizuts financée par papa et maman. Le deuxième argument de Mariann se rattache organiquement au premier : elle n’aimerait pas que les fonds mobilisables de la famille soient payés à une curieuse institution, qui, en se référant à elle, réduise d’emblée ses opportunités de taper les parents de quelques sous supplémentaires.
Il n’est même pas venu à l’esprit de Mariann de protester au nom de la justice sociale et de l’égalité des chances. Alors qu’elle aurait dû y penser. Elle pourrait refuser de payer les droits d’inscriptions avec raison, et aussi légitimement que ceux qui, en se référant à ces principes, voudraient les augmenter à la rentrée cet automne [2006].
Les droits d’inscription ne sont ni équitables, ni justes et n’améliorent nullement l’égalité des chances. Car, même avec le livret d’adhésion au Parti socialiste sur le cœur, nous ne pouvons croire qu’en obligeant aussi bien les enfants pauvres que les enfants riches à payer pour faire des études, on puisse avantager les fauchés par rapport aux friqués — surtout par rapport à la situation où ils ne devaient rien payer pour étudier.
Selon le Premier ministre Ferenc Gyurcsány, ce n’est pas ainsi qu’il faut voir les choses. D’après le Premier ministre, la réforme de l’éducation nationale créera l’équité. Car, n’est-ce pas, les meilleurs, à hauteur de 15 % des effectifs, recevront une prime boursière et ne devront même pas s’acquitter des droits. En admettant que le talent et l’assiduité ne dépendent pas de l’origine sociale, tandis que la situation financière si, ce nouveau système favorisera les chances de moins d’étudiants qu’il n’en diminuera celles de nombreux autres. D’ailleurs, pourquoi serait-il équitable que 85% d’étudiants paresseux ou moins talentueux financent l’existence et l’avenir de 15% de brillants sujets ?
Parlons clair : il ne s’agit pas ici de débattre du bien-fondé des droits d’inscription. L’augmentation des ressources pourrait même élever le niveau de l’enseignement. Bien que, cette mesure appelée faute de mieux « réforme » ne serve pour l’instant qu’à permettre au gouvernement de diminuer les subventions des universités et des écoles normales supérieures en disant : « Mais vous avez des rentrées financières avec les droits d’inscriptions ! » . Ce qui signifie à long terme que l’État se désengage de l’enseignement supérieur. À propos duquel on peut également se demander : qui seront les favorisés et les défavorisés de cette mesure et qui seront les plus nombreux ?
Une chose est sûre : cette réforme n’affectera pas les citoyens de la même manière, ni même « selon la nécessité de chacun » — pour citer un principe cher à la gauche, avec « l’égalité des chances » et « l’équité ». Cette remarque concerne également la réforme des impôts : la hausse de la TVA à 20% sur les bonbons signifie autre chose pour un banquier que pour un habitant des faubourgs.
Je vous en supplie donc : ne parlons pas de décisions justes. Les décisions justes n’existent pas. Cette expression dénote une ineptie qui, dans le vocabulaire politique — en se référant à l’égalité des chances — est tout bonnement écœurante. Toute décision est prise en fonction des intérêts, chose que les adjectifs cités sont appelés à dissimuler. Aussi bien dans des programmes des partis et des gouvernements que dans les discours des leaders. Quant à l’expression « égalité des chances », je la réserverais pour l’époque lointaine où toutes les administrations seront accessibles aux handicapés par une rampe.
Et voici l'article une fois passé dans la moulinette :
Tous à la manif’ !
Symbole de la contestation du pouvoir socialiste en place, cette tribune d’un journal de Budapest s’oppose avec véhémence à la réforme des droits d’inscription à la fac.
publié par le Magyar Hirlap, Budapest
Ma soeur a tranché. S’il y a une manifestation contre l’augmentation des droits d’inscription à la fac, elle en sera. Elle avance pour cela deux raisons. Primo : la manifestation fait partie intégrante de la vie étudiante, au même titre que boire une bière pour soigner sa gueule de bois, passer les partiels de rattrapage ou participer à la colonie des bizuts financée par papa et maman. Secundo : elle n’aimerait pas que l’argent de ses parents, qu’elle convoitait tant, rejoigne les caisses d’une université ou d’une école.
Aucune de ses raisons, donc n’a trait donc à la justice sociale ou à la volonté de faire respecter l’égalité des chances. L’égalité justement n’est plus de mise avec cette réforme. Nous ne pouvons croire qu’en obligeant aussi bien les enfants pauvres que les riches à payer pour faire des études, on puisse avantager les fauchés par rapport aux friqués. D’autant qu’avant cette réforme, les plus modestes ne déboursaient pas un rond.
Pourtant, le Premier ministre ne voit pas les choses ainsi. Pour Ferenc Gyurcsány, la réforme de l’éducation nationale créera l’équité. Et il en apporte la preuve : les meilleurs élèves, représentant 15% des effectifs, recevront une bourse et ne devront pas s’acquitter des droits d’entrée.
Oublions que le niveau de culture générale et la capacité à obtenir des résultats brillants dépendent bien souvent du niveau social, ce qui signifie que les étudiants les plus aisés auront plus de chance de recevoir un bonus financier. La réforme pose un autre problème : la proportion d’élèves aidés ne dépassera jamais la proportion d’élèves que cette réforme handicapera. Equité pour M. Gyurcsany signifie donc que 85% des élèves les moins performants financeront les 15% des plus doués.
Passons aussi, en admettant que cette réforme pourrait élever le niveau de l’enseignement, sur le bien-fondé de cette augmentation des droits d’inscription. Le plus inquiétant dans cette décision reste qu’à long terme, l’Etat pourrait se désengager de l’enseignement supérieur. Finies les subventions publiques ! A une demande d’investissement, les universités se verront répondre : « Mais vous avez des rentrées d’argent avec les droits d’inscription ! ».
Une chose est sûre : cette réforme ne se soucie pas des citoyens et de leurs différences de revenus. Alors je vous en supplie, ne parlons pas de décisions justes. Les décisions justes n’existent pas. Les hommes politiques, en se référant à l’égalité des chances, décident de réformes en fonction de leur intérêt. Je réserve l’expression « égalité des chances » pour l’époque lointaine où toutes les administrations seront accessibles aux handicapés.
Il n’est même pas venu à l’esprit de Mariann de protester au nom de la justice sociale et de l’égalité des chances. Alors qu’elle aurait dû y penser. Elle pourrait refuser de payer les droits d’inscriptions avec raison, et aussi légitimement que ceux qui, en se référant à ces principes, voudraient les augmenter à la rentrée cet automne [2006].
Les droits d’inscription ne sont ni équitables, ni justes et n’améliorent nullement l’égalité des chances. Car, même avec le livret d’adhésion au Parti socialiste sur le cœur, nous ne pouvons croire qu’en obligeant aussi bien les enfants pauvres que les enfants riches à payer pour faire des études, on puisse avantager les fauchés par rapport aux friqués — surtout par rapport à la situation où ils ne devaient rien payer pour étudier.
Selon le Premier ministre Ferenc Gyurcsány, ce n’est pas ainsi qu’il faut voir les choses. D’après le Premier ministre, la réforme de l’éducation nationale créera l’équité. Car, n’est-ce pas, les meilleurs, à hauteur de 15 % des effectifs, recevront une prime boursière et ne devront même pas s’acquitter des droits. En admettant que le talent et l’assiduité ne dépendent pas de l’origine sociale, tandis que la situation financière si, ce nouveau système favorisera les chances de moins d’étudiants qu’il n’en diminuera celles de nombreux autres. D’ailleurs, pourquoi serait-il équitable que 85% d’étudiants paresseux ou moins talentueux financent l’existence et l’avenir de 15% de brillants sujets ?
Parlons clair : il ne s’agit pas ici de débattre du bien-fondé des droits d’inscription. L’augmentation des ressources pourrait même élever le niveau de l’enseignement. Bien que, cette mesure appelée faute de mieux « réforme » ne serve pour l’instant qu’à permettre au gouvernement de diminuer les subventions des universités et des écoles normales supérieures en disant : « Mais vous avez des rentrées financières avec les droits d’inscriptions ! » . Ce qui signifie à long terme que l’État se désengage de l’enseignement supérieur. À propos duquel on peut également se demander : qui seront les favorisés et les défavorisés de cette mesure et qui seront les plus nombreux ?
Une chose est sûre : cette réforme n’affectera pas les citoyens de la même manière, ni même « selon la nécessité de chacun » — pour citer un principe cher à la gauche, avec « l’égalité des chances » et « l’équité ». Cette remarque concerne également la réforme des impôts : la hausse de la TVA à 20% sur les bonbons signifie autre chose pour un banquier que pour un habitant des faubourgs.
Je vous en supplie donc : ne parlons pas de décisions justes. Les décisions justes n’existent pas. Cette expression dénote une ineptie qui, dans le vocabulaire politique — en se référant à l’égalité des chances — est tout bonnement écœurante. Toute décision est prise en fonction des intérêts, chose que les adjectifs cités sont appelés à dissimuler. Aussi bien dans des programmes des partis et des gouvernements que dans les discours des leaders. Quant à l’expression « égalité des chances », je la réserverais pour l’époque lointaine où toutes les administrations seront accessibles aux handicapés par une rampe.
Et voici l'article une fois passé dans la moulinette :
Tous à la manif’ !
Symbole de la contestation du pouvoir socialiste en place, cette tribune d’un journal de Budapest s’oppose avec véhémence à la réforme des droits d’inscription à la fac.
publié par le Magyar Hirlap, Budapest
Ma soeur a tranché. S’il y a une manifestation contre l’augmentation des droits d’inscription à la fac, elle en sera. Elle avance pour cela deux raisons. Primo : la manifestation fait partie intégrante de la vie étudiante, au même titre que boire une bière pour soigner sa gueule de bois, passer les partiels de rattrapage ou participer à la colonie des bizuts financée par papa et maman. Secundo : elle n’aimerait pas que l’argent de ses parents, qu’elle convoitait tant, rejoigne les caisses d’une université ou d’une école.
Aucune de ses raisons, donc n’a trait donc à la justice sociale ou à la volonté de faire respecter l’égalité des chances. L’égalité justement n’est plus de mise avec cette réforme. Nous ne pouvons croire qu’en obligeant aussi bien les enfants pauvres que les riches à payer pour faire des études, on puisse avantager les fauchés par rapport aux friqués. D’autant qu’avant cette réforme, les plus modestes ne déboursaient pas un rond.
Pourtant, le Premier ministre ne voit pas les choses ainsi. Pour Ferenc Gyurcsány, la réforme de l’éducation nationale créera l’équité. Et il en apporte la preuve : les meilleurs élèves, représentant 15% des effectifs, recevront une bourse et ne devront pas s’acquitter des droits d’entrée.
Oublions que le niveau de culture générale et la capacité à obtenir des résultats brillants dépendent bien souvent du niveau social, ce qui signifie que les étudiants les plus aisés auront plus de chance de recevoir un bonus financier. La réforme pose un autre problème : la proportion d’élèves aidés ne dépassera jamais la proportion d’élèves que cette réforme handicapera. Equité pour M. Gyurcsany signifie donc que 85% des élèves les moins performants financeront les 15% des plus doués.
Passons aussi, en admettant que cette réforme pourrait élever le niveau de l’enseignement, sur le bien-fondé de cette augmentation des droits d’inscription. Le plus inquiétant dans cette décision reste qu’à long terme, l’Etat pourrait se désengager de l’enseignement supérieur. Finies les subventions publiques ! A une demande d’investissement, les universités se verront répondre : « Mais vous avez des rentrées d’argent avec les droits d’inscription ! ».
Une chose est sûre : cette réforme ne se soucie pas des citoyens et de leurs différences de revenus. Alors je vous en supplie, ne parlons pas de décisions justes. Les décisions justes n’existent pas. Les hommes politiques, en se référant à l’égalité des chances, décident de réformes en fonction de leur intérêt. Je réserve l’expression « égalité des chances » pour l’époque lointaine où toutes les administrations seront accessibles aux handicapés.
Par Matthieu Deprieck
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Publié dans : Archives Courrier international
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